Après une première rencontre très accrocheuse lors des journées libertaires en avril , j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce groupe. Je les ai revu par la suite trois fois et on a décidé ensemble de mettre nos propos sous une interview pour le Street Trash: Et voilà c’est fait. Quand on connaît (même un peu) les NTTL , on est pas étonné de voir avec quelle précision ils expriment leur engagement. Je les remercie grandement d’avoir joué le jeu jusqu’au bout même si le temps nous manquait, sur ce, bonne lecture et culture. FLO


1/ Quelle est l'origine du nom du groupe? "Pas de temps à perdre" : Pour la révolution? Pour anéantir les religions? Pour contrer le capitalisme, le sexisme?... Ou peut-être un mélange de tout ça?
Richard : A l origine , on avait une ardoise a régler au bistrot du coin , et ce dans les plus brefs délais , d’ou l’idée du nom. Mais pour en venir aux réelles motivations que peut ainsi recouvrir " nttl " , sans que le nom fut au départ vraiment réfléchi, on peut les résumer de cette façon :
Vivre notre passion a l image de la musique, sans étiquette entachant la spontanéité qui se retrouve Essentiellement dans la rencontre et le contact humain au travers de la zique.
Et dans ces perspectives , il m’apparaît évident que cela concerne ainsi tous les maux cités qui ne sont là que pour structurer idéologiquement l’esprit humain définitivement aliéné aux discriminations qui leurs sont inhérentes.
Qu’il en soit ainsi des systèmes religieux établis sur la domination patriarcale, ou de ceux là que l’on appelle, dorénavant, " post modernes ", dont la logique impérialiste en fonde la légitimité, la pensée
" humaine " n est plus que dogmatique au service du pouvoir, conforme et transfiguré dans son application et diffusion au quotidien.
Le capitalisme ainsi érigé sur les ruines de l’empire religieux, dont il a su se réapproprier la vision, a su instaurer de la même façon sa domination qui, en nous désavouant face a la marchandise, est devenue parfaite.
En effet, en sacralisant l’activité humaine dans le travail et le rapport qu’elle entretient avec l’idéologie capitaliste, les médias vantent et use comme outil de propagande celui là même qui sert notre aliénation, le rapport marchand occultant définitivement la relation intrinsèquement humaine.
Chacun de nous ne conçoit plus alors son accomplissement que dans la reproduction de l image/ modèle qui en dicte alors la « réussite ».
Et ce qui est triste, c est qu’il en va ainsi pour tous , que l’on soit réac ou contestataire, le capitalisme sait donner a chacun sa place... une mode, une musique, des façons de penser (bouquins, critiques reconnues etc.) ... une vie.
Le pouvoir garantit ainsi dorénavant sa pérennité dans une opposition simulée qu’il a lui même créé , et servant d’exutoire a chacun de nous.
Entre tradition et modernité, tout le monde peut choisir son camp mais sous l’œil du capitalisme.
Et pour ce qui est de la religion, par exemple, et des rapports de sexe inégalitaires qu’elle engendre, elle apparaît bien souvent sous un double aspect .. normale ou « archaïque » .
D’ailleurs si nous ouvrons les yeux, les luttes existantes défiant la religion ou son sexisme se révèlent sous le signe du politiquement correct qui en désavoue bien souvent la véracité.
Seulement, l’origine des discriminations vécues par les femmes, demeurant omniprésentes dans les différents secteurs de leur vie, a changé de nature.
Les inégalités hommes/femmes, prenant leur source dans la hiérarchie sociale d une société patriarcale, sont dorénavant le résultat de l’investissement du capitalisme des sphères d’un quotidien qu’il contrôle et définit a son image.
Ce qui est d’autant plus ironique , c’est que ce combat se voit le plus souvent médiatisé dans le secteur professionnel .. comme si la reconnaissance dans le travail était pour tout à chacun une fin en soi.
Il ne s’agit donc plus d’exercer un pouvoir sur la base d’une division sociale arbitraire, mais d’en reproduire les principes dans chaque relation vécue et ce dans tous les secteurs de notre vie.
En autonomisant donc les différents maux qui ne sont que les masques d’un seul et même fléau, nous ne jouerions qu’un jeu dont le capitalisme a défini au préalable les règles qui lui assurent sa survie, puisqu’il s agirait alors d’en occulter l’origine (son origine) essentielle ..
un peu comme si pour en établir une critique on usait des moyens qu’il mettait a notre disposition
( comme dire « fuck the system » en étant signé sur Sony par exemple)
C’est pourquoi, au delà des traits archaïques qui en dessinent nos représentations, si l’on se bat contre la religion et le sexisme, c est avant tout contre le capitalisme :
Contre les envies consuméristes, ainsi commandées par la satisfaction des besoins que le pouvoir a su ainsi nous créer, et qui apparaissent comme agencées autour d’un temps défini et structuré, autour du travail, de telle façon que nos activités en deviennent totalement dépendantes.
Alors pour en revenir a la question initiale, et je m’excuse de m’en être ainsi égaré ( hihi je m’emporte dans mon élan), je dirais peut-être qu’en dehors d’un quotidien devenu froid et mécanique, et définitivement joué par procuration, nous aimerions avec nttl ne pas perdre notre temps a gagner notre vie mais plutôt en gagner a vivre ?


2/ Comment le groupe s’est-il constitué ? Bande de potes metaleux, annonces… ?
heu ..pour ma part et pour résumer , nous sommes tous des metaleux (refoulés) à la base qui se sont retrouvé autour de passions communes comme nirvana, les pistols , l‘ennui , fearless , overcomerecords (hihi), l’enfermement scolaire, Le Mans ( ce fut déterminant d ailleurs haha), le black métal, les cheveux longs depuis longtemps rasés (quoique je connais dernièrement une résurgence dans ce domaine ), jean Charles, les soirées Goths , middle class pigs , l UNEF id (haha) et bien d’autres encore ?

3/Sachant que certains ont commencé par le métal, avez-vous déjà monté un groupe ou vous n’avez toujours voulu faire que du HxC sur scène ?
Je ne sais pas pour les autres, mais me concernant j’ai toujours rêvé de finir comme hatebreed à faire du métal chez Universal .. affublé du sobriquet hxc , étant bien plus vendeur que celui de métal devenu depuis longtemps has been chez les jeunes hihi
Par contre pour ce qui est du passé métal de l’un d entre nous, tu viens de me l’apprendre et là je les appelle dans la minute pour demander certaines explications au sujet de ce que je considère là comme une tromperie et un backstabbing honteux .. ( a part Antoine qui fut fan de judas priest et qui écoute encore quelques fois black sabbath, les cheveux au vent dans sa 106 decapo , je déments toutes rumeurs )


4/ Comment vous sentez vous maintenant que les élections sont passées et que la possibilité d'une éventuelle dissidence ait encore échouée?
Je ne sais pas si l’on peut parler de dissidence concernant ces évènements.
Ce que j’en ai compris, c’est qu’il ait suffit d’agiter le spectre diabolique du fascisme pour que les consciences, embourbées dans une mémoire civile a laquelle elles se sont pliées, luttent en usant des moyens qui ont eux mêmes permis sa présence au second tour d’une élection dite universelle et démocratique.
Je pense pour ma part que le véritable danger ainsi ressenti par nos gouvernementaux était le taux d’abstention qui se faisait au fur et a mesure de plus en plus fort, caractérisant la une réalité incontournable: l indifférence au droit d expression donné et devenu « devoir » (quelle ironie) sur lequel repose l’hypocrisie républicaine et ainsi son pouvoir.
30% de électeurs potentiels refusant ou déclinant plutôt, et par l’indifférence le plus souvent, ce qui n’est que la simulation d’un choix et d une parole donnée, ne résume que trop bien le désengagement citoyen qui n est là, demandé que pour garantir la crédibilité de l’ordre « démocrate ».
Après je ne m entendrai pas sur ce qui pourrait expliquer les causes de cette mascarade pour le moins glauque, marquée du sceau de l’ignominie fasciste servant alors les intérêts de nos technocrates. Néanmoins, de l’idéologie sécuritaire ayant investi, et plus que jamais depuis les attentats du 11 septembre, nos boites a images, jusqu’au folklore américain d’un scrutin qui, pourquoi pas, ne serait-il pas là, le temps d’un dimanche, à notre portée, certaines questions méritent d’être posées.
Pour en revenir à la réaction populaire , le point positif , au-delà des (fausses) revendications défendues, demeure pour moi le fait que les gens aient retrouvé la rue comme espace public et terrain d’expression, ce qu’elle n est plus depuis longtemps (à l’image du paris Haussmannien).
Je sais pour ma part que ce fut aussi l’occaz de revoir des gens avec lesquels j’ai partagé certains moments autres que ceux qui n étaient qu’échanges de civilités à l’accoutumée faute de temps (encore et toujours).
C’était aussi le plaisir de voir les lycéens dans la rue qui pour la plupart se foutaient du contexte politique mais qui exprimaient ainsi dans la désertion des classes, l ennui et un ras le bol de l’enfermement quotidien, comme s’ils se réappropriaient une certaine liberté en échappant a l’encadrement institutionnel du monde scolaire.
Si donc il ne faisait aucun doute que la peur populaire, inspirée et manipulée par les médias, freinerait toute action collective, les rassemblements et autres manifestations, ce désir ressenti qui est de quitter l’environnement télé-virtuel pour retrouver un semblant de réalité au contact (humain) des autres, sont là pour perpétuer l’espoir de voir un jour l’isolement de chacun, nourrissant l’infaillibilité du pouvoir, rompu.
D ailleurs un « slogan » de no pasaran résume très bien la situation :
« le fascisme ne se détruit pas dans les urnes mais dans les luttes »

5/ Quelles relations/implications entretenez-vous avec Ras l'front (suite à la vue d'un petit autocollant sur votre voiture!)?
Au-delà des positions concernant le front national, pour ma part , je n’ai pas de relations particulières avec ses membres.. non par principe ou divergences d’opinions concernant leur lutte, bien au contraire, mais je ne suis pas d’avis à privilégier une cause au détriment des autres, ce qui signifierait qu’il y a la, en matière de discriminations, des combats qui nécessiteraient d’avantage de force et volonté.
C’est une façon de séparer les buts à atteindre en les autonomisant de l’origine même là ou ils prennent forme, dans des rapports inégalitaires qui sont devenus globaux et dont la diversité n’est là que pour en cacher l’unité véritable.
Surtout qu’a ce sujet, les dirigeants nationalistes et ouvertement racistes, s’ils se cachent bien de vouer un culte au capitalisme, ne se cachent pas d en profiter ouvertement.
Le Pen est par exemple l’homme politique français le plus riche ..à qui profitent les activités des groupes offshore et autres (dissimulés sous le titre d « asso » a but caritatif ) que nourrissent les paradis fiscaux …
Mais pour en revenir a cet autocollant, il s’est retrouvé là lors de l‘entre deux tours, certains potes de la lcr étant dans ras l’front et s’étant alors associés a eux pour faire barrage et montrer leur désaccord d’une voix commune.
Donc vu les circonstances, et en dehors des divergences de chacun, tout le monde s est retrouvé autour d’une lutte qui nous tenait tous a cœur ..même si j aurais aimé voir inscrit sur l’autocollant « merci pour un second tour extraordinaire d une élection super démocratique »

6/ Que faites-vous au quotidien pour mettre en place vos idées au sein de votre quartier, ville, en tout cas concrètement sur le terrain?
Sur le Mans, on a pas tellement de marge de manœuvre, c’est d’ailleurs pour cela que l’on s’épanouit au travers de nos vadrouilles musicales.
Ce qui est sur, c’est que l’espace « public » au Mans est totalement municipalisé .. ce qui ne laisse aucune initiative porteuse concernant l’investissement d’un lieu qui pourrait échapper au mécénat de la mairie.
Certaines tentatives ont déjà vu le jour lors de ces dix dernières années mais aucune n’a survécu plus d’un mois.
Donc concernant la libre expression artistique, c’est pratiquement mort, à l’exception du lézard , un caf conc qui permet aux gens motivés d’exposer leurs œuvres .. ce qui n’est pas surprenant, les « gérants » faisant eux-mêmes parti d’une minorité (avec les gars du zine satyrique « bazar ») qui tente par tous les moyens et depuis longtemps de s »émanciper du « paternalisme » municipal qui voit d’un mauvais œil toute activité échappant à son contrôle.
Donc de notre côté, on soutient ce qu’ils entreprennent en matière de communication et on essaie aussi dans notre branche (musicale) d’organiser quelques fois des concerts dont l’esprit ne vire pas aigre a l’image des lieux, là où ils se déroulent.
Par exemple, deux gars au Mans proprio d’une salle se frottent les mains à chaque proposition faite d’une soirée concert.
Sachant cela, on use des lieux tout en faisant en sorte de ne rien leur devoir, ni même de nous soumettre, dans une certaine mesure, à leurs volontés.
Ils nous filent la salle, nous laissent les entrées pour le défraiement des groupes, et nous en échange pour nous libérer de leur astreinte, nous leur laissons la totalité des bénefs boissons.
Ce n’est pas là l’idéal que je me fais d’un concert se déroulant dans un esprit punk/hxc, mais au vu des moyens se trouvant à notre disposition, on essaie de le faire de la façon la plus sincère, laissant la moindre place au rapport nous liant à leur intéressement.
Sinon, n étant pas non plus des prophètes, on ne va pas prêcher la bonne parole au centre ville en alpaguant à l’image des mormons ,le citadin (pathétiquement) paisible lors de son lèche vitrine hebdomadaire (soit le samedi) .
Par contre, vendu que je suis, m’étant laissé en partie absorber par la réalité de l’activisme professionnel estudiantin (à comprendre le pionnicat) , et nourris par l’appât du gain, j’en profite pour semer le trouble, taquin que je suis, dans l’esprit asservis de mes petits collégiens.
Pour être plus sérieux, ça veut tout simplement dire que les idées que tu défends n ont pas à être mises de côte quand tu intègres une structure professionnelle (ou autre) quelle qu’elle soit pour cause d excès de zèle que l’on est d’ailleurs censé haïr .
C est pour ça que je ne fais jamais l’apologie du travail ou de l’internement scolaire sur mon lieu de taf, et qu’il m arrive, et ce le plus souvent possible , d’en discuter avec les premiers concernés et d‘agir avec eux en conséquence.
Ca me rappelle une fois ou l’on s est vu avec un collègue, refuser à un élève un taf supplémentaire qu’il nous demandait pendant l’heure de perm ? (ce qui en dit long à ce sujet)
Après, ce n est peut être pas typiquement révolutionnaire .. mais je pense néanmoins qu’une lutte efficace ne peut prendre source que dans la prise de conscience de chacun dans l’échange et le retour a la communication .. surtout dans le taf, dont tu fais savoir ton dégoût ..et en l’occurrence à ceux là mêmes à qui tu te dois de montrer l’exemple.


7/ Participez-vous à l'écriture de fanzines, de textes d'opinions …?
Antoine : On devait reprendre le zine « DA Mosher » avec Richard mais faute de connaissance en mise en page il n’est jamais sorti de mon disque dur… Ca reste un remord. J’ai participé à quelques chroniques dans le dernier LEAN ON ME et j’aimerais bien en faire plus, mais faute de temps…

8/ Etant ouvertement antisexistes, quel message voulez-vous faire passer dans « girls want to have GUN » ?
« Girls » c’est avant tout un hommage à BIKINI KILL le groupe qui a changé ma vie (et un clin d’œil à Cindy Lauper dont on avait utilisé un insert dans notre démo précédente) les paroles sont ultra directes comme elles l’étaient chez Bikini Kill (« it’s hard to talk with your dick in my mouth » « White boy, don’t laugh, don’t cry, just die ! » ) mais il faut remettre ça dans le contexte : Le mouvement Riot Girrrrrrl c’était des filles qui voulaient créer des vocations artistiques chez d’autres filles, et leur faire comprendre que le machisme passif et actif qu’elles subissaient (subissent) ne devait pas les empêcher de se révéler et créer à leur échelle sans avoir besoin des hommes pour ça. C’était un mélange de violence et d’innocence. Bref, c’est direct mais il faut le voir comme un électrochoc : ça a changé ma vie parce qu’à l’époque je vivais assez mal le coté virilité exacerbée des mecs que je côtoyais genre « si tu joues pas du Satriani tu peux pas faire un groupe » ou « les meufs c’est bon qu’à ceci ou cela », leur musique était chiante et leur comportement pas inspirant. J’ai découvert ce groupe qui ne savait pas jouer mais qui faisait des morceaux géniaux, qui envoyait chier les connards que je subissais au quotidien, ça a été une révélation ! Ca m’a donné confiance, j’ai monté un groupe et ça a changé ma vie ! Pour en revenir à notre chanson, c’est réellement un hommage car sans B.K je serais pas là aujourd’hui, les paroles auraient pu être écrites par B.K et c’était aussi pour Valérie (qui chante sur le titre) qui m’a fait découvrir (avec sa sœur) ce groupe. Ca ne veut pas dire que je vois la solution du problème Homme / Femme comme un renversement de la violence d’un coté vers l’autre, ce serait stupide, je pense juste qu’un mec qui entend ces paroles se demanderait pourquoi il devrait subir ça (un coup de gun) juste pare qu’il est un mec et donc serait dans le même état d’esprit qu’une fille qui subit toutes sortes d’agressions quotidiennes (sifflements dans la rue, viols, agressions, blagues sexistes, différences de salaires et statut…) juste à cause de son sexe. Ca amènerait peut être certains mecs à penser à tout ça, à se poser la question comme moi ça m’a amené a me la poser ?

9/ Malgré une description très juste de la scène HxC dans "all those things" que pensez-vous alors de la scène française actuelle? Comment vous situez-vous?
Ben le cul entre 2 chaises… je pense qu’on a une démarche qui nous rapproche d’avantage de la scène punk (voire anarcho-punk) tout en faisant une musique plus typiquement hardcore. Certains (pas tous !) ont peut-être tendance à plus calquer leur attitude en fonction des modes (vêtements, danses ) et à « consommer » la musique sans chercher à créer une véritable « alternative » de pensée et commerciale que dans la scène punk. Ca vient à mon avis (qui n’est que le mien) d’un manque de vécu de cette scène HxC qui reste assez jeune en France (une dizaine d’année, même s’il y’a eu des gens dès le début) par rapport au punk qui a plus d’expérience et de connaissance historique sur les origines et le but de départ de ce mouvement. On a tendance à passer pour des donneurs de leçon, des moralistes auprès de ceux qui sont venus au HxC pour la musique et pas pour la démarche et qui se contentent donc de consommer en trouvant normal certains prix ou les sponsors ou ce genre de trucs, parce qu’ils ont toujours connu que ça et pensent que c’est normal et inévitable. Mais ça ne l’est pas ! Et ça, ça nous fait chier parce que ça signifie que le Hardcore c’est rien d’autre que du divertissement, de la pop quoi, sans réflexion ni esprit alors qu’à l’origine c’est censé être une tentative de communauté basée sur l’échange, l’investissement perso et collectif, la créativité (bref faire ave les moyens du bord sans pleurer les sponsors, les subventions ou autres) ceci dit, on rencontre de plus de gens qui ne sont là que depuis 3-4 ans (comme nous, on est pas des anciens qui ont tout vu tout fait…) qui sont conscient de ce genre de trucs et qui veulent s’investir davantage dans cet esprit DIY et faire évoluer les choses, c’est encourageant.

10/ Qui assiste à vos concerts remarque votre volonté à vouloir faire passer des messages entre chacun de vos morceaux (en plus des paroles), remarquez-vous alors une réaction , une évolution, un relent d'engagement "politique" (sens originel) au sein de la scène ?
Ouais mais pendant le concert c’est partagé entre « ferme ta gueule et joue » et l’acquiescement poli. Ceci dit il nous arrive de pouvoir discuter directement pendant le concert quand on a le temps et que les gens le veulent. On entend dire que beaucoup (surtout ceux qui n’écoutent pas beaucoup cette musique curieusement…) apprécie bien ce genre de communication. Il nous arrive aussi d’être maladroit et de tomber dans le feu de l’action dans le travers « donneur de leçon » ou « règlement de compte » même si ça reste involontaire, on essaye de faire gaffe à ça et de pas reproduire les mêmes erreurs, parce qu’on est certainement pas là pour dire aux gens ce qu’il faut faire ou pas (même si c’est l’image que certains ont de nous) mais de souligner certaines situations qui nous semblent sujet a débat. Je ne sais pas s’il y’a plus d’engagement mais la plupart des gens semblent avoir une certaine conscience politique (au sens originel du terme) et c’est déjà ça…


11/ Avez-vous un ou plusieurs albums qui nous étonneraient de savoir chez vous?
Antoine : J’ai plus de 1000 disques tous supports confondus, comme j’en récupère pleins de gratos, dans des vides greniers et du coup j’ai pleins de trucs à la con que j’assume parce qu‘au départ c’est pour me marrer ou parce que ça m’intrigue: donc, un album de Boney M à la flûte de pan, un best of disco de Patrick Juvet, des Kiss en vinyl (pour les pochettes), un live d’Angra (je persiste et signe, Heavy Metal Rules !), de la musique hawaïenne, un 45 t « Le Mans ‘78 », chanson disco hommage à la victoire de Renault au 24 h du Mans 78 (superbe !) , un autre fait par les pompiers de Parigné le Polin (Sauver ou périr, un hymne !)etc. J’ai honte de rien tant que c’est gratuit ou pas cher !


12/ Certains d'entre-vous sont-ils végétarien/lien, végan? Si c'est le cas pour quelles motivations le sont-ils devenus? Si non, quelle est votre position sur cette manière de vivre?
Richard : En fait je suis le seul dans le groupe à avoir adopté ce mode alimentaire , et c est dans la seule optique de faire rendre l âme a ces enfoirés de carnassiers que j ai infiltré no time .. d ailleurs , pour certains , j ai déjà mis leur foie a rude épreuve , et pense être en mesure de pouvoir bientôt crier vengeance quand xl’alcoolx aura raison de leurs viscères .
sinon si je suis végétarien , c est pour plusieurs raisons.
En effet , en dehors de toutes considérations spécistes , l’exploitation de la vie animale est l’exemple probant que le capitalisme a atteint un degré tel qu’il sait au travers de ce qu’il rend marchandise nous faire oublier le procès de production qu’elle masque comme son origine même.
Ce qui est affligeant , c’est de constater que la viande n’est plus qu une façon d’étiqueter la vie que l’on fout sous cellophane pour le consommateur moyen qui lui ne voit plus dans son assiette le parcours emprunté par l’animal, mais juste un met que l’on accorde avec ses envies gustatives.
Apres pour ma part, je ne pense pas que l’on ait encore besoin de se nourrir de la vie d’une autre espèce, même si l’on saura me rétorquer que c’est la réalité de la chaîne alimentaire.
Néanmoins sans vouloir sembler parano , j’ai un peu de mal avec ces vérités toutes acquises devenant générales indépendamment du contexte et des conditions dans lesquelles nous vivons.
Surtout quand on sait l’importance que revêt l’industrie agroalimentaire a l’intérieur de laquelle la viande occupe une place prépondérante et dont le fonctionnement , s’il était remis en question, nous permettrait d’appréhender celui la même qui est celui du travailleur x , dépossédé de sa production et encore plus de son activité désormais déshumanisée.
Bref, en gros, on (sur)produit de la vie dans le seul but d’y nuire pour satisfaire de pseudos besoins, qui mis en avant (et marchandisés) cautionnent un mode de production qui est lui, général à l’activité comme la consommation « humaine ».
D’ailleurs , si l’on considère les comportements alimentaires pré-capitalistes , l’animal occupait une place qui n était pas celle que l’on connaît aujourd’hui.
En effet se substituait à l’irrespect et l’indifférence totale exprimée dorénavant vis a vis de la vie animale une considération particulière qui ne faisait pas de son existence, celle que connaît actuellement le bétail élevé hors sol, qui n’aura jamais vu le jour.
Et quand l’on abattait l’animal, c’était là un évènement familial ou communautaire équivalant au témoignage du respect du à celui qui leur assurait leur survie.
Aujourd’hui c’est de la simple consommation d’une marchandise-fétiche, la ou le cynisme se fait la part belle en montrant que véritablement tout est à exploiter, produire et consommer.
C est pourquoi, si je ne fais pas de différence entre l exploitation salariale et animale, j essaie avec mes pauvres moyens d éviter ma participation dans une certaine mesure, quand l’horreur apparaît à son comble.


13/ Quelles ont été vos influences musicales (noms de groupes) ?
Pfff, encore 3 pages? Bon, en ce qui me concerne : Bikini Kill, Trust (hé oui !) , Iggy Pop (avec ou sans les Stooges), le punk77 (clash , Pistols, X-Ray Spex, The Slits, Damned, Buzzcocks), Ignite, Sick Of It All,, AC/DC,Mothorhead, les débuts du hardcore (Minor Threat, Black Flag, 7 Seconds, Circle Jerks…) Black Sabbath , MC, Le Tigre, Heyoka, les premiers Metallica + 2000 autres !


14/ Quels sont les sujets/thèmes que vous allez prochainement aborder dans vos morceaux ?
On en est au stade embryonnaire mais on a 4 nouveaux morceaux depuis l’album, les titres ne sont pas définitifs mais en gros :
• The Biggest Strength : Ca parle du doute qui nous assaille quand on se laisse gagner par la routine quotidienne et comment la culture dominante érode toute velléité de résistance intellectuelle à la propagande de la culture de masse. Bref les moments ou on se laisse aller au découragement et penser « qu’il n’y a rien a faire pour changer les choses » A mon avis la connaissance et la curiosité intellectuelle sont les moyens de résister à cette apathie.

* B(u)y the kids for the kids : Ca parle en gros de ce dont j’ai parlé dans la question 9 sur la marchandisation du hardcore. Plus particulièrement ça parle de la marque de chaussures Vans qui exploite des enfants et des populations du Tiers-Monde pour fabriquer leurs produits et qui vient de lancer son label de »punk-rock » Ca me stupéfie qu’ils puissent trouver des groupes qui acceptent d’être payer par le travail de gosses de 10 ans !!!
On a tous ce genre de produits sur nous, ça fait parti de nos contradictions quotidiennes qu’on ne peut pas vraiment éviter. Mais entre ce genre de compromis et le fait d’être payé par des exploiteurs d’enfants il y’a quand même une ENORME différence. La musique c’est peut être la seule chose qu’on peut garder à l’écart de ce genre de compromis quotidiens. Je n’irais pas faire la morale aux gens qui signent sur des majors pour vivre chacun son choix même si c’est pas l’idée que je me fais du punk mais une marque qui exploitent des gens dans le tiers-monde et qui veut s’offrir une image rebelle, djeune et concernée au travers de ce que certains ont bâti dans un esprit d’indépendance c’est quand même le dernier stade de la récupération médiatique et du contrôle qu’exerce le pouvoir (financier, politique) qui s’approprie un mouvement, le contrôle, le vide de son contenu « subversif » et le revend aux masses, le rendant ainsi inoffensif. Que, en plus, ce soit fait avec le travail d’enfants et que personne n’y trouve rien à redire « du moment que les groupes font de la bonne musique », c’est assez gerbant .

Et puis une sur le 11 septembre, qui décrit l’état de guerre et la panique qui régnait dans les rues ce jour là. Sauf que c’est pas à New York mais au Chili et que c’est le 11 septembre 1973, le renversement de Allende par Pinochet orchestré par la CIA…


15/ Etes-vous de ceux qui pensent que la « révolution » peut se faire part les coordinations et contacts générées par le net?
Ben non, ça suffira pas évidemment mais ça peut permettre une meilleure connexion entre les individus et faciliter l’échange d’infos « alternatives », tout en restant prudent car le dialogue virtuel n’a pas valeur du dialogue physique et les infos peuvent être facilement manipulées ou détournées. Ca reste une arme à double tranchant et comme toutes les armes son effet dépend de celui qui s’en sert et de son but.


16/Que faites-vous en dehors de "No time to lose"?
Je fais également une émission de radio sur Radio ALPA toutes les semaines (Punkorama ) et je participe aussi à son comité de rédaction (cad que je vais faire des sujets de temps en temps), je bosse aussi comme pion dans un collège en Zone d’Education Prioritaire ( ce qui me permet de voir au quotidien les soit disant « sauvageons » et c’est pas vraiment ce qui est montré à TF1 !!!), et je joue aussi dans un groupe de trash à Bandanas rotatifs : Mustang Project. (et je suis étudiant en Histoire sinon…)


17/ Un dernier mot ?
Merci pour l’interview, désolé pour le retard, la longueur des réponses et tout, mais c’est vraiment une des interviews les plus complètes qu’on ait eu. Sinon, pour les projets, on devrait sortir le vol 2 de notre compil’ DIY (CD-R) French Connection (avec Actions Fall Short, Dead 4 A Minute, Fat Society, Shortcut etc…) et on devrait enregistrer un ou 2 nouveaux titres pour l’occas’. Merci à tous, et à bientôt

Pour les contacter :
Middle Class Productions
La petite Perraudière
72700 PRUILLE-LE-CHETIF (France)
Antoine: + 33 (0) 6 82 03 78 77
notimetolose666@yahoo.fr
Leur site :
http://notimetolose.fr.st/

Morceaux à télécharger





discographie

2004 :
V/A "VIVE LES MUTINS "[ COMPILATION DE SOUTIEN AVEC LES MUTINES DE CLAIRVAUX ] http://vivelesmutins.freeservers.com

2003 :
V/A FRENCH CONNECTION 2 [CD-R]
---
DEMO 4 TITRES
---
V/A UNDERGROUND TAKEOVER 1 [CD-R]
---
V/A "A L'OUEST VERS.2 [A L'OUEST]

2002 :

ALBUM "JOIN THE PARTY" (MIDDLE-CLASS PRODUCTIONS / LEAN ON ME ! RECORDS)11 TITRES

2001 :
V/A HALTE AU SKETCH [les ragondins mondains - ZINE HAM'S] 21titres
---
V/A FRENCH CONNECTION

2000 :
V/A"JUST DROP IT" (LOKO RDS)
---
CD SAMPLER DU ZINE DA MOSHER 2
---
DEMO CD-R "FREE EDGE" 8 TITRES
---
DEMO CD- R 9 TITRES

1999 :
DEMO K7 "TRUST NO ONE"

Interviews