Après
une première rencontre très accrocheuse lors des journées
libertaires en avril , j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce
groupe. Je les ai revu par la suite trois fois et on a décidé
ensemble de mettre nos propos sous une interview pour le Street Trash:
Et voilà c’est fait. Quand on connaît (même
un peu) les NTTL , on est pas étonné de voir avec quelle
précision ils expriment leur engagement. Je les remercie grandement
d’avoir joué le jeu jusqu’au bout même si le
temps nous manquait, sur ce, bonne lecture et culture. FLO
1/ Quelle est l'origine du nom du groupe? "Pas
de temps à perdre" : Pour la révolution? Pour anéantir
les religions? Pour contrer le capitalisme, le sexisme?... Ou peut-être
un mélange de tout ça?
Richard : A l origine , on avait une ardoise
a régler au bistrot du coin , et ce dans les plus brefs délais
, d’ou l’idée du nom. Mais pour en venir aux réelles
motivations que peut ainsi recouvrir " nttl " , sans que le
nom fut au départ vraiment réfléchi, on peut les
résumer de cette façon :
Vivre notre passion a l image de la musique, sans étiquette entachant
la spontanéité qui se retrouve Essentiellement dans la
rencontre et le contact humain au travers de la zique.
Et dans ces perspectives , il m’apparaît évident
que cela concerne ainsi tous les maux cités qui ne sont là
que pour structurer idéologiquement l’esprit humain définitivement
aliéné aux discriminations qui leurs sont inhérentes.
Qu’il en soit ainsi des systèmes religieux établis
sur la domination patriarcale, ou de ceux là que l’on appelle,
dorénavant, " post modernes ", dont la logique impérialiste
en fonde la légitimité, la pensée
" humaine " n est plus que dogmatique au service du pouvoir,
conforme et transfiguré dans son application et diffusion au
quotidien.
Le capitalisme ainsi érigé sur les ruines de l’empire
religieux, dont il a su se réapproprier la vision, a su instaurer
de la même façon sa domination qui, en nous désavouant
face a la marchandise, est devenue parfaite.
En effet, en sacralisant l’activité humaine dans le travail
et le rapport qu’elle entretient avec l’idéologie
capitaliste, les médias vantent et use comme outil de propagande
celui là même qui sert notre aliénation, le rapport
marchand occultant définitivement la relation intrinsèquement
humaine.
Chacun de nous ne conçoit plus alors son accomplissement que
dans la reproduction de l image/ modèle qui en dicte alors la
« réussite ».
Et ce qui est triste, c est qu’il en va ainsi pour tous , que
l’on soit réac ou contestataire, le capitalisme sait donner
a chacun sa place... une mode, une musique, des façons de penser
(bouquins, critiques reconnues etc.) ... une vie.
Le pouvoir garantit ainsi dorénavant sa pérennité
dans une opposition simulée qu’il a lui même créé
, et servant d’exutoire a chacun de nous.
Entre tradition et modernité, tout le monde peut choisir son
camp mais sous l’œil du capitalisme.
Et pour ce qui est de la religion, par exemple, et des rapports de sexe
inégalitaires qu’elle engendre, elle apparaît bien
souvent sous un double aspect .. normale ou « archaïque »
.
D’ailleurs si nous ouvrons les yeux, les luttes existantes défiant
la religion ou son sexisme se révèlent sous le signe du
politiquement correct qui en désavoue bien souvent la véracité.
Seulement, l’origine des discriminations vécues par les
femmes, demeurant omniprésentes dans les différents secteurs
de leur vie, a changé de nature.
Les inégalités hommes/femmes, prenant leur source dans
la hiérarchie sociale d une société patriarcale,
sont dorénavant le résultat de l’investissement
du capitalisme des sphères d’un quotidien qu’il contrôle
et définit a son image.
Ce qui est d’autant plus ironique , c’est que ce combat
se voit le plus souvent médiatisé dans le secteur professionnel
.. comme si la reconnaissance dans le travail était pour tout
à chacun une fin en soi.
Il ne s’agit donc plus d’exercer un pouvoir sur la base
d’une division sociale arbitraire, mais d’en reproduire
les principes dans chaque relation vécue et ce dans tous les
secteurs de notre vie.
En autonomisant donc les différents maux qui ne sont que les
masques d’un seul et même fléau, nous ne jouerions
qu’un jeu dont le capitalisme a défini au préalable
les règles qui lui assurent sa survie, puisqu’il s agirait
alors d’en occulter l’origine (son origine) essentielle
..
un peu comme si pour en établir une critique on usait des moyens
qu’il mettait a notre disposition
( comme dire « fuck the system » en étant signé
sur Sony par exemple)
C’est pourquoi, au delà des traits archaïques qui
en dessinent nos représentations, si l’on se bat contre
la religion et le sexisme, c est avant tout contre le capitalisme :
Contre les envies consuméristes, ainsi commandées par
la satisfaction des besoins que le pouvoir a su ainsi nous créer,
et qui apparaissent comme agencées autour d’un temps défini
et structuré, autour du travail, de telle façon que nos
activités en deviennent totalement dépendantes.
Alors pour en revenir a la question initiale, et je m’excuse de
m’en être ainsi égaré ( hihi je m’emporte
dans mon élan), je dirais peut-être qu’en dehors
d’un quotidien devenu froid et mécanique, et définitivement
joué par procuration, nous aimerions avec nttl ne pas perdre
notre temps a gagner notre vie mais plutôt en gagner a vivre ?
2/
Comment le groupe s’est-il constitué ? Bande de potes metaleux,
annonces… ?
heu ..pour ma part et pour résumer , nous sommes tous
des metaleux (refoulés) à la base qui se sont retrouvé
autour de passions communes comme nirvana, les pistols , l‘ennui
, fearless , overcomerecords (hihi), l’enfermement scolaire, Le
Mans ( ce fut déterminant d ailleurs haha), le black métal,
les cheveux longs depuis longtemps rasés (quoique je connais
dernièrement une résurgence dans ce domaine ), jean Charles,
les soirées Goths , middle class pigs , l UNEF id (haha) et bien
d’autres encore ?
3/Sachant que certains ont commencé par
le métal, avez-vous déjà monté un groupe
ou vous n’avez toujours voulu faire que du HxC sur scène
?
Je ne sais pas pour les autres, mais me concernant j’ai
toujours rêvé de finir comme hatebreed à faire du
métal chez Universal .. affublé du sobriquet hxc , étant
bien plus vendeur que celui de métal devenu depuis longtemps
has been chez les jeunes hihi
Par contre pour ce qui est du passé métal de l’un
d entre nous, tu viens de me l’apprendre et là je les appelle
dans la minute pour demander certaines explications au sujet de ce que
je considère là comme une tromperie et un backstabbing
honteux .. ( a part Antoine qui fut fan de judas priest et qui écoute
encore quelques fois black sabbath, les cheveux au vent dans sa 106
decapo , je déments toutes rumeurs )
4/ Comment vous sentez vous maintenant que les
élections sont passées et que la possibilité d'une
éventuelle dissidence ait encore échouée?
Je ne sais pas si l’on peut parler de dissidence concernant
ces évènements.
Ce que j’en ai compris, c’est qu’il ait suffit d’agiter
le spectre diabolique du fascisme pour que les consciences, embourbées
dans une mémoire civile a laquelle elles se sont pliées,
luttent en usant des moyens qui ont eux mêmes permis sa présence
au second tour d’une élection dite universelle et démocratique.
Je pense pour ma part que le véritable danger ainsi ressenti
par nos gouvernementaux était le taux d’abstention qui
se faisait au fur et a mesure de plus en plus fort, caractérisant
la une réalité incontournable: l indifférence au
droit d expression donné et devenu « devoir » (quelle
ironie) sur lequel repose l’hypocrisie républicaine et
ainsi son pouvoir.
30% de électeurs potentiels refusant ou déclinant plutôt,
et par l’indifférence le plus souvent, ce qui n’est
que la simulation d’un choix et d une parole donnée, ne
résume que trop bien le désengagement citoyen qui n est
là, demandé que pour garantir la crédibilité
de l’ordre « démocrate ».
Après je ne m entendrai pas sur ce qui pourrait expliquer les
causes de cette mascarade pour le moins glauque, marquée du sceau
de l’ignominie fasciste servant alors les intérêts
de nos technocrates. Néanmoins, de l’idéologie sécuritaire
ayant investi, et plus que jamais depuis les attentats du 11 septembre,
nos boites a images, jusqu’au folklore américain d’un
scrutin qui, pourquoi pas, ne serait-il pas là, le temps d’un
dimanche, à notre portée, certaines questions méritent
d’être posées.
Pour en revenir à la réaction populaire , le point positif
, au-delà des (fausses) revendications défendues, demeure
pour moi le fait que les gens aient retrouvé la rue comme espace
public et terrain d’expression, ce qu’elle n est plus depuis
longtemps (à l’image du paris Haussmannien).
Je sais pour ma part que ce fut aussi l’occaz de revoir des gens
avec lesquels j’ai partagé certains moments autres que
ceux qui n étaient qu’échanges de civilités
à l’accoutumée faute de temps (encore et toujours).
C’était aussi le plaisir de voir les lycéens dans
la rue qui pour la plupart se foutaient du contexte politique mais qui
exprimaient ainsi dans la désertion des classes, l ennui et un
ras le bol de l’enfermement quotidien, comme s’ils se réappropriaient
une certaine liberté en échappant a l’encadrement
institutionnel du monde scolaire.
Si donc il ne faisait aucun doute que la peur populaire, inspirée
et manipulée par les médias, freinerait toute action collective,
les rassemblements et autres manifestations, ce désir ressenti
qui est de quitter l’environnement télé-virtuel
pour retrouver un semblant de réalité au contact (humain)
des autres, sont là pour perpétuer l’espoir de voir
un jour l’isolement de chacun, nourrissant l’infaillibilité
du pouvoir, rompu.
D ailleurs un « slogan » de no pasaran résume très
bien la situation :
« le fascisme ne se détruit pas dans les urnes mais dans
les luttes »
5/
Quelles relations/implications entretenez-vous avec Ras l'front (suite
à la vue d'un petit autocollant sur votre voiture!)?
Au-delà des positions concernant le front national, pour
ma part , je n’ai pas de relations particulières avec ses
membres.. non par principe ou divergences d’opinions concernant
leur lutte, bien au contraire, mais je ne suis pas d’avis à
privilégier une cause au détriment des autres, ce qui
signifierait qu’il y a la, en matière de discriminations,
des combats qui nécessiteraient d’avantage de force et
volonté.
C’est une façon de séparer les buts à atteindre
en les autonomisant de l’origine même là ou ils prennent
forme, dans des rapports inégalitaires qui sont devenus globaux
et dont la diversité n’est là que pour en cacher
l’unité véritable.
Surtout qu’a ce sujet, les dirigeants nationalistes et ouvertement
racistes, s’ils se cachent bien de vouer un culte au capitalisme,
ne se cachent pas d en profiter ouvertement.
Le Pen est par exemple l’homme politique français le plus
riche ..à qui profitent les activités des groupes offshore
et autres (dissimulés sous le titre d « asso » a
but caritatif ) que nourrissent les paradis fiscaux …
Mais pour en revenir a cet autocollant, il s’est retrouvé
là lors de l‘entre deux tours, certains potes de la lcr
étant dans ras l’front et s’étant alors associés
a eux pour faire barrage et montrer leur désaccord d’une
voix commune.
Donc vu les circonstances, et en dehors des divergences de chacun, tout
le monde s est retrouvé autour d’une lutte qui nous tenait
tous a cœur ..même si j aurais aimé voir inscrit sur
l’autocollant « merci pour un second tour extraordinaire
d une élection super démocratique »
6/ Que faites-vous au quotidien pour mettre en
place vos idées au sein de votre quartier, ville, en tout cas
concrètement sur le terrain?
Sur le Mans, on a pas tellement de marge de manœuvre, c’est
d’ailleurs pour cela que l’on s’épanouit au
travers de nos vadrouilles musicales.
Ce qui est sur, c’est que l’espace « public »
au Mans est totalement municipalisé .. ce qui ne laisse aucune
initiative porteuse concernant l’investissement d’un lieu
qui pourrait échapper au mécénat de la mairie.
Certaines tentatives ont déjà vu le jour lors de ces dix
dernières années mais aucune n’a survécu
plus d’un mois.
Donc concernant la libre expression artistique, c’est pratiquement
mort, à l’exception du lézard , un caf conc qui
permet aux gens motivés d’exposer leurs œuvres ..
ce qui n’est pas surprenant, les « gérants »
faisant eux-mêmes parti d’une minorité (avec les
gars du zine satyrique « bazar ») qui tente par tous les
moyens et depuis longtemps de s »émanciper du « paternalisme
» municipal qui voit d’un mauvais œil toute activité
échappant à son contrôle.
Donc de notre côté, on soutient ce qu’ils entreprennent
en matière de communication et on essaie aussi dans notre branche
(musicale) d’organiser quelques fois des concerts dont l’esprit
ne vire pas aigre a l’image des lieux, là où ils
se déroulent.
Par exemple, deux gars au Mans proprio d’une salle se frottent
les mains à chaque proposition faite d’une soirée
concert.
Sachant cela, on use des lieux tout en faisant en sorte de ne rien leur
devoir, ni même de nous soumettre, dans une certaine mesure, à
leurs volontés.
Ils nous filent la salle, nous laissent les entrées pour le défraiement
des groupes, et nous en échange pour nous libérer de leur
astreinte, nous leur laissons la totalité des bénefs boissons.
Ce n’est pas là l’idéal que je me fais d’un
concert se déroulant dans un esprit punk/hxc, mais au vu des
moyens se trouvant à notre disposition, on essaie de le faire
de la façon la plus sincère, laissant la moindre place
au rapport nous liant à leur intéressement.
Sinon, n étant pas non plus des prophètes, on ne va pas
prêcher la bonne parole au centre ville en alpaguant à
l’image des mormons ,le citadin (pathétiquement) paisible
lors de son lèche vitrine hebdomadaire (soit le samedi) .
Par contre, vendu que je suis, m’étant laissé en
partie absorber par la réalité de l’activisme professionnel
estudiantin (à comprendre le pionnicat) , et nourris par l’appât
du gain, j’en profite pour semer le trouble, taquin que je suis,
dans l’esprit asservis de mes petits collégiens.
Pour être plus sérieux, ça veut tout simplement
dire que les idées que tu défends n ont pas à être
mises de côte quand tu intègres une structure professionnelle
(ou autre) quelle qu’elle soit pour cause d excès de zèle
que l’on est d’ailleurs censé haïr .
C est pour ça que je ne fais jamais l’apologie du travail
ou de l’internement scolaire sur mon lieu de taf, et qu’il
m arrive, et ce le plus souvent possible , d’en discuter avec
les premiers concernés et d‘agir avec eux en conséquence.
Ca me rappelle une fois ou l’on s est vu avec un collègue,
refuser à un élève un taf supplémentaire
qu’il nous demandait pendant l’heure de perm ? (ce qui en
dit long à ce sujet)
Après, ce n est peut être pas typiquement révolutionnaire
.. mais je pense néanmoins qu’une lutte efficace ne peut
prendre source que dans la prise de conscience de chacun dans l’échange
et le retour a la communication .. surtout dans le taf, dont tu fais
savoir ton dégoût ..et en l’occurrence à ceux
là mêmes à qui tu te dois de montrer l’exemple.
7/
Participez-vous à l'écriture de fanzines, de textes d'opinions
…?
Antoine : On devait reprendre le zine « DA Mosher »
avec Richard mais faute de connaissance en mise en page il n’est
jamais sorti de mon disque dur… Ca reste un remord. J’ai
participé à quelques chroniques dans le dernier LEAN ON
ME et j’aimerais bien en faire plus, mais faute de temps…
8/ Etant ouvertement antisexistes, quel message
voulez-vous faire passer dans « girls want to have GUN »
?
« Girls » c’est avant tout un hommage à
BIKINI KILL le groupe qui a changé ma vie (et un clin d’œil
à Cindy Lauper dont on avait utilisé un insert dans notre
démo précédente) les paroles sont ultra directes
comme elles l’étaient chez Bikini Kill (« it’s
hard to talk with your dick in my mouth » « White boy, don’t
laugh, don’t cry, just die ! » ) mais il faut remettre ça
dans le contexte : Le mouvement Riot Girrrrrrl c’était
des filles qui voulaient créer des vocations artistiques chez
d’autres filles, et leur faire comprendre que le machisme passif
et actif qu’elles subissaient (subissent) ne devait pas les empêcher
de se révéler et créer à leur échelle
sans avoir besoin des hommes pour ça. C’était un
mélange de violence et d’innocence. Bref, c’est direct
mais il faut le voir comme un électrochoc : ça a changé
ma vie parce qu’à l’époque je vivais assez
mal le coté virilité exacerbée des mecs que je
côtoyais genre « si tu joues pas du Satriani tu peux pas
faire un groupe » ou « les meufs c’est bon qu’à
ceci ou cela », leur musique était chiante et leur comportement
pas inspirant. J’ai découvert ce groupe qui ne savait pas
jouer mais qui faisait des morceaux géniaux, qui envoyait chier
les connards que je subissais au quotidien, ça a été
une révélation ! Ca m’a donné confiance,
j’ai monté un groupe et ça a changé ma vie
! Pour en revenir à notre chanson, c’est réellement
un hommage car sans B.K je serais pas là aujourd’hui, les
paroles auraient pu être écrites par B.K et c’était
aussi pour Valérie (qui chante sur le titre) qui m’a fait
découvrir (avec sa sœur) ce groupe. Ca ne veut pas dire
que je vois la solution du problème Homme / Femme comme un renversement
de la violence d’un coté vers l’autre, ce serait
stupide, je pense juste qu’un mec qui entend ces paroles se demanderait
pourquoi il devrait subir ça (un coup de gun) juste pare qu’il
est un mec et donc serait dans le même état d’esprit
qu’une fille qui subit toutes sortes d’agressions quotidiennes
(sifflements dans la rue, viols, agressions, blagues sexistes, différences
de salaires et statut…) juste à cause de son sexe. Ca amènerait
peut être certains mecs à penser à tout ça,
à se poser la question comme moi ça m’a amené
a me la poser ?
9/ Malgré une description très
juste de la scène HxC dans "all those things" que pensez-vous
alors de la scène française actuelle? Comment vous situez-vous?
Ben le cul entre 2 chaises… je pense qu’on a une
démarche qui nous rapproche d’avantage de la scène
punk (voire anarcho-punk) tout en faisant une musique plus typiquement
hardcore. Certains (pas tous !) ont peut-être tendance à
plus calquer leur attitude en fonction des modes (vêtements, danses
) et à « consommer » la musique sans chercher à
créer une véritable « alternative » de pensée
et commerciale que dans la scène punk. Ca vient à mon
avis (qui n’est que le mien) d’un manque de vécu
de cette scène HxC qui reste assez jeune en France (une dizaine
d’année, même s’il y’a eu des gens dès
le début) par rapport au punk qui a plus d’expérience
et de connaissance historique sur les origines et le but de départ
de ce mouvement. On a tendance à passer pour des donneurs de
leçon, des moralistes auprès de ceux qui sont venus au
HxC pour la musique et pas pour la démarche et qui se contentent
donc de consommer en trouvant normal certains prix ou les sponsors ou
ce genre de trucs, parce qu’ils ont toujours connu que ça
et pensent que c’est normal et inévitable. Mais ça
ne l’est pas ! Et ça, ça nous fait chier parce que
ça signifie que le Hardcore c’est rien d’autre que
du divertissement, de la pop quoi, sans réflexion ni esprit alors
qu’à l’origine c’est censé être
une tentative de communauté basée sur l’échange,
l’investissement perso et collectif, la créativité
(bref faire ave les moyens du bord sans pleurer les sponsors, les subventions
ou autres) ceci dit, on rencontre de plus de gens qui ne sont là
que depuis 3-4 ans (comme nous, on est pas des anciens qui ont tout
vu tout fait…) qui sont conscient de ce genre de trucs et qui
veulent s’investir davantage dans cet esprit DIY et faire évoluer
les choses, c’est encourageant.
10/
Qui assiste à vos concerts remarque votre volonté à
vouloir faire passer des messages entre chacun de vos morceaux (en plus
des paroles), remarquez-vous alors une réaction , une évolution,
un relent d'engagement "politique" (sens originel) au sein
de la scène ?
Ouais mais pendant le concert c’est partagé entre
« ferme ta gueule et joue » et l’acquiescement poli.
Ceci dit il nous arrive de pouvoir discuter directement pendant le concert
quand on a le temps et que les gens le veulent. On entend dire que beaucoup
(surtout ceux qui n’écoutent pas beaucoup cette musique
curieusement…) apprécie bien ce genre de communication.
Il nous arrive aussi d’être maladroit et de tomber dans
le feu de l’action dans le travers « donneur de leçon
» ou « règlement de compte » même si
ça reste involontaire, on essaye de faire gaffe à ça
et de pas reproduire les mêmes erreurs, parce qu’on est
certainement pas là pour dire aux gens ce qu’il faut faire
ou pas (même si c’est l’image que certains ont de
nous) mais de souligner certaines situations qui nous semblent sujet
a débat. Je ne sais pas s’il y’a plus d’engagement
mais la plupart des gens semblent avoir une certaine conscience politique
(au sens originel du terme) et c’est déjà ça…
11/ Avez-vous un ou plusieurs albums qui nous
étonneraient de savoir chez vous?
Antoine : J’ai plus de 1000 disques tous supports confondus,
comme j’en récupère pleins de gratos, dans des vides
greniers et du coup j’ai pleins de trucs à la con que j’assume
parce qu‘au départ c’est pour me marrer ou parce
que ça m’intrigue: donc, un album de Boney M à la
flûte de pan, un best of disco de Patrick Juvet, des Kiss en vinyl
(pour les pochettes), un live d’Angra (je persiste et signe, Heavy
Metal Rules !), de la musique hawaïenne, un 45 t « Le Mans
‘78 », chanson disco hommage à la victoire de Renault
au 24 h du Mans 78 (superbe !) , un autre fait par les pompiers de Parigné
le Polin (Sauver ou périr, un hymne !)etc. J’ai honte de
rien tant que c’est gratuit ou pas cher !
12/ Certains d'entre-vous sont-ils végétarien/lien,
végan? Si c'est le cas pour quelles motivations le sont-ils devenus?
Si non, quelle est votre position sur cette manière de vivre?
Richard : En fait je suis le seul dans le groupe à avoir
adopté ce mode alimentaire , et c est dans la seule optique de
faire rendre l âme a ces enfoirés de carnassiers que j
ai infiltré no time .. d ailleurs , pour certains , j ai déjà
mis leur foie a rude épreuve , et pense être en mesure
de pouvoir bientôt crier vengeance quand xl’alcoolx aura
raison de leurs viscères .
sinon si je suis végétarien , c est pour plusieurs raisons.
En effet , en dehors de toutes considérations spécistes
, l’exploitation de la vie animale est l’exemple probant
que le capitalisme a atteint un degré tel qu’il sait au
travers de ce qu’il rend marchandise nous faire oublier le procès
de production qu’elle masque comme son origine même.
Ce qui est affligeant , c’est de constater que la viande n’est
plus qu une façon d’étiqueter la vie que l’on
fout sous cellophane pour le consommateur moyen qui lui ne voit plus
dans son assiette le parcours emprunté par l’animal, mais
juste un met que l’on accorde avec ses envies gustatives.
Apres pour ma part, je ne pense pas que l’on ait encore besoin
de se nourrir de la vie d’une autre espèce, même
si l’on saura me rétorquer que c’est la réalité
de la chaîne alimentaire.
Néanmoins sans vouloir sembler parano , j’ai un peu de
mal avec ces vérités toutes acquises devenant générales
indépendamment du contexte et des conditions dans lesquelles
nous vivons.
Surtout quand on sait l’importance que revêt l’industrie
agroalimentaire a l’intérieur de laquelle la viande occupe
une place prépondérante et dont le fonctionnement , s’il
était remis en question, nous permettrait d’appréhender
celui la même qui est celui du travailleur x , dépossédé
de sa production et encore plus de son activité désormais
déshumanisée.
Bref, en gros, on (sur)produit de la vie dans le seul but d’y
nuire pour satisfaire de pseudos besoins, qui mis en avant (et marchandisés)
cautionnent un mode de production qui est lui, général
à l’activité comme la consommation « humaine
».
D’ailleurs , si l’on considère les comportements
alimentaires pré-capitalistes , l’animal occupait une place
qui n était pas celle que l’on connaît aujourd’hui.
En effet se substituait à l’irrespect et l’indifférence
totale exprimée dorénavant vis a vis de la vie animale
une considération particulière qui ne faisait pas de son
existence, celle que connaît actuellement le bétail élevé
hors sol, qui n’aura jamais vu le jour.
Et quand l’on abattait l’animal, c’était là
un évènement familial ou communautaire équivalant
au témoignage du respect du à celui qui leur assurait
leur survie.
Aujourd’hui c’est de la simple consommation d’une
marchandise-fétiche, la ou le cynisme se fait la part belle en
montrant que véritablement tout est à exploiter, produire
et consommer.
C est pourquoi, si je ne fais pas de différence entre l exploitation
salariale et animale, j essaie avec mes pauvres moyens d éviter
ma participation dans une certaine mesure, quand l’horreur apparaît
à son comble.
13/
Quelles ont été vos influences musicales (noms de groupes)
?
Pfff, encore 3 pages? Bon, en ce qui me concerne : Bikini Kill,
Trust (hé oui !) , Iggy Pop (avec ou sans les Stooges), le punk77
(clash , Pistols, X-Ray Spex, The Slits, Damned, Buzzcocks), Ignite,
Sick Of It All,, AC/DC,Mothorhead, les débuts du hardcore (Minor
Threat, Black Flag, 7 Seconds, Circle Jerks…) Black Sabbath ,
MC, Le Tigre, Heyoka, les premiers Metallica + 2000 autres !
14/ Quels sont les sujets/thèmes que vous
allez prochainement aborder dans vos morceaux ?
On en est au stade embryonnaire mais on a 4 nouveaux morceaux
depuis l’album, les titres ne sont pas définitifs mais
en gros :
• The Biggest Strength : Ca parle du doute qui nous assaille quand
on se laisse gagner par la routine quotidienne et comment la culture
dominante érode toute velléité de résistance
intellectuelle à la propagande de la culture de masse. Bref les
moments ou on se laisse aller au découragement et penser «
qu’il n’y a rien a faire pour changer les choses »
A mon avis la connaissance et la curiosité intellectuelle sont
les moyens de résister à cette apathie.
* B(u)y the kids for the kids : Ca parle en gros de ce dont j’ai
parlé dans la question 9 sur la marchandisation du hardcore.
Plus particulièrement ça parle de la marque de chaussures
Vans qui exploite des enfants et des populations du Tiers-Monde pour
fabriquer leurs produits et qui vient de lancer son label de »punk-rock
» Ca me stupéfie qu’ils puissent trouver des groupes
qui acceptent d’être payer par le travail de gosses de 10
ans !!!
On a tous ce genre de produits sur nous, ça fait parti de nos
contradictions quotidiennes qu’on ne peut pas vraiment éviter.
Mais entre ce genre de compromis et le fait d’être payé
par des exploiteurs d’enfants il y’a quand même une
ENORME différence. La musique c’est peut être la
seule chose qu’on peut garder à l’écart de
ce genre de compromis quotidiens. Je n’irais pas faire la morale
aux gens qui signent sur des majors pour vivre chacun son choix même
si c’est pas l’idée que je me fais du punk mais une
marque qui exploitent des gens dans le tiers-monde et qui veut s’offrir
une image rebelle, djeune et concernée au travers de ce que certains
ont bâti dans un esprit d’indépendance c’est
quand même le dernier stade de la récupération médiatique
et du contrôle qu’exerce le pouvoir (financier, politique)
qui s’approprie un mouvement, le contrôle, le vide de son
contenu « subversif » et le revend aux masses, le rendant
ainsi inoffensif. Que, en plus, ce soit fait avec le travail d’enfants
et que personne n’y trouve rien à redire « du moment
que les groupes font de la bonne musique », c’est assez
gerbant .
Et puis une sur le 11 septembre, qui décrit l’état de guerre et la panique qui régnait dans les rues ce jour là. Sauf que c’est pas à New York mais au Chili et que c’est le 11 septembre 1973, le renversement de Allende par Pinochet orchestré par la CIA…
15/ Etes-vous de ceux qui pensent que la «
révolution » peut se faire part les coordinations et contacts
générées par le net?
Ben non, ça suffira pas évidemment mais ça
peut permettre une meilleure connexion entre les individus et faciliter
l’échange d’infos « alternatives », tout
en restant prudent car le dialogue virtuel n’a pas valeur du dialogue
physique et les infos peuvent être facilement manipulées
ou détournées. Ca reste une arme à double tranchant
et comme toutes les armes son effet dépend de celui qui s’en
sert et de son but.
16/Que faites-vous en dehors de "No time
to lose"?
Je fais également une émission de radio sur Radio
ALPA toutes les semaines (Punkorama ) et je participe aussi à
son comité de rédaction (cad que je vais faire des sujets
de temps en temps), je bosse aussi comme pion dans un collège
en Zone d’Education Prioritaire ( ce qui me permet de voir au
quotidien les soit disant « sauvageons » et c’est
pas vraiment ce qui est montré à TF1 !!!), et je joue
aussi dans un groupe de trash à Bandanas rotatifs : Mustang Project.
(et je suis étudiant en Histoire sinon…)
17/ Un dernier mot ?
Merci pour l’interview, désolé pour le retard,
la longueur des réponses et tout, mais c’est vraiment une
des interviews les plus complètes qu’on ait eu. Sinon,
pour les projets, on devrait sortir le vol 2 de notre compil’
DIY (CD-R) French Connection (avec Actions Fall Short, Dead 4 A Minute,
Fat Society, Shortcut etc…) et on devrait enregistrer un ou 2
nouveaux titres pour l’occas’. Merci à tous, et à
bientôt
Pour les contacter
:
Middle Class Productions
La petite Perraudière
72700 PRUILLE-LE-CHETIF (France)
Antoine: + 33 (0) 6 82 03 78 77
notimetolose666@yahoo.fr
Leur site :
http://notimetolose.fr.st/
Morceaux à télécharger
discographie
2004 :
V/A "VIVE LES MUTINS "[ COMPILATION DE SOUTIEN AVEC LES MUTINES
DE CLAIRVAUX ] http://vivelesmutins.freeservers.com
2003
:
V/A FRENCH CONNECTION 2 [CD-R]
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DEMO 4 TITRES
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V/A UNDERGROUND TAKEOVER 1 [CD-R]
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V/A "A L'OUEST VERS.2 [A L'OUEST]
2002 :
ALBUM "JOIN THE PARTY" (MIDDLE-CLASS PRODUCTIONS / LEAN ON
ME ! RECORDS)11 TITRES
2001 :
V/A HALTE AU SKETCH [les ragondins mondains - ZINE HAM'S] 21titres
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V/A FRENCH CONNECTION
2000 :
V/A"JUST DROP IT" (LOKO RDS)
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CD SAMPLER DU ZINE DA MOSHER 2
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DEMO CD-R "FREE EDGE" 8 TITRES
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DEMO CD- R 9 TITRES
1999 :
DEMO K7 "TRUST NO ONE"