"L'émission diffusée le Lundi 28 octobre, l'après midi, sur France culture, m'a à ce point saisi d'effroi et de révolte, que je ne peux m'empêcher de vous en restituer quelques faits et citations, comme ça, juste pour m'assurer que tout le monde est bien au courant de ce sur quoi on ferme les yeux..."
Cette émission portait sur l'évolution de la situation en Tchétchénie au lendemain du règlement « à la russe » de la prise d'otage à la maison de la Culture de Moscou ( au moins 115 otages décimés par les « gaz soporifiques » des forces spéciales de l'armée rouge).
Avant toutes choses, il était précisé combien il serait grossier de se laisser convaincre et berner par le discours pseudo anti-terroriste de Vlad l'empaleur ( Poutine), et cela pour plusieurs raisons : d'abord, on est pas bien sûr que ce ne soit pas le FSB (ex-KGB) qui ait organisé les premiers attentats de Moscou, ceux-là même qui transformèrent le désaccord entre les deux pays en une des guerres les plus sauvages du siècle ; ensuite, on ne peut absolument pas mettre dans le même panier le terrorisme tchétchène et celui prôné par le réseau AL-Quaida : les fanatiques Saoudiens n'ont jamais revendiqué autre chose que leur propre enrichissement ; alors que tout ce que veulent les tchétchènes, c'est que les russes quittent la Tchétchénie. Le terrorisme Saoudien, dans son aspect idéologique, semble nihiliste parce qu'il ne peut être satisfait que de l'extermination de ses ennemis ( c'est à dire tout ceux qui refusent de leur donner raison absolue), on ne doit donc logiquement pas pouvoir négocier avec lui. Mais les tchétchènes ont un objectif précis, et parfaitement accessible sur volonté politique. Ils font donc ce qu'il font pour avoir un accès à la négociation. Il cherchent à négocier, et cherchaient à le faire bien avant de passer à des solutions plus radicales : celles qui empêchent l'interlocuteur de faire la sourde oreille.
Paraîtrait-il que l'on ne peut pas discuter avec des fanatiques... c'est souvent vrai, mais le problème, c'est qu'une fois que ce genre de cliché est bien passé dans les moeurs, il suffit de taxer son contradicteur de fanatique pour se voir dispenser du devoir de respect, de l'obligation de répondre. Mais qui peut vraiment prouver que les indépendantistes tchétchènes sont des fanatiques ? Font-ils référence à un quelconque dieu pour légitimer leur offensives (contre-offensives en vérité) ? Non pas; ils lui demanderons son aide à la rigueur, mais n'en déduisent pas leur autorité. Etrange également le fait que parmi les nombreux responsables militaires interrogés en Asie sur le terrorisme d'Al-Quaida, aucun ne soit capable de nommer un terroriste tchétchène qui aurait partie liée avec l'équipe de Ben Laden....
Pourtant toutes ces incohérences n'empêchent pas la « grande Russie » de continuer, littéralement, à « faire le vide » en Tchétchénie : En Deux ans seulement, l'armée Russe à tué 82 000 Tchétchènes ; elle dit de son coté avoir perdu 5000 soldats, mais le chiffre de 11000 est plus vraisemblable.
Sous-payés (voir pas payés du tout) depuis des années, les soldats russes semblent bien avoir compris qu'ils ont carte blanche pour se rémunérer en nature en « trésors de guerre », du moment qu'ils remplissent les objectifs militaires de la « Mère Patrie », qui semble être en définitive d'effacer des memoires jusqu'au souvenir même du nom de Tchétchène. C'est donc la politique de la terre brûlée qui est de rigueur. Parmi les exactions commises par les soldats de Poutine, le reportage évoque des scènes récurrentes de viols, de viols en public d'hommes, de femmes, et d'enfants, des scènes de castration, de torture et d'assassinats à répétition ; des pratiques de kidnappings, de ventes de prisonniers, voir même de vente de cadavre à leurs proches.
Un intervenant relate encore comment procède l'armée pour « nettoyer » une zone de ses civils « suspects » : après avoir bien attaché en tas une quinzaine de personnes, hommes femmes et enfants confondus, il suffit de les faire exploser avec un peu de dynamite ou un pain de plastique ; après, il n'y a plus qu'à faire disparaître ce qui reste de traces.
Bien entendu on ne se contente pas de meurtrir les chairs ; en bon héritier de Joseph Staline, Vladimir Poutine sait qu'il ne sert à rien de décimer un peuple au coup par coup : Si ses symboles et ses institutions demeurent, les quelques survivants se retrouveront unis et forts comme une seule communauté : il faut donc s'en prendre aux institutions fondamentales et saper tout ce qui soutient les traditions : les écoles, les lieux de culte et les infrastructures de toutes sortes : écoles, bibliothèques et hôpitaux.
Quand bien même ils le voudraient, les politiques russes seraient-ils en mesure de réprimer la barbarie de leurs hommes ? Celle-ci est à ce point flagrante qu'on finirait par croire (reportages à l'appui) qu'elle est partie intégrante de la culture militaire russe. A telle point que les supérieurs donnent l'exemple, comme nous le montre cette écoeurante « anecdote » : il y a deux ans de cela, un certain colonel Bodanov se retrouve dénoncé par un haut gradé (lors d'un passage en Tchétchènie) pour le viol et le meurtre par étranglement d'une jeune femme tchétchène de dix-huit ans. Il sera inculpé mais n'est toujours pas jugé, le tribunal subissant constamment des pressions en faveur d'un acquittement pour le Colonel, « ce héros de la Patrie ». En effet celui-ci bénéficie de circonstances largement atténuantes, puisque, ce jour là, fêtant l'anniversaire de sa propre fille ainsi que la victoire de Poutine aux élections, il était ivre mort... « Quand on est un soldat russe en Tchétchènie, on peut tout faire ».
Au regard de ces quelques informations (largement sous-diffusées dans les médias occidentaux), il est plus aisé de comprendre comment une cinquantaine de personnes, hommes et femmes tchétchènes, peuvent en arriver à cette extrémité de s'engager, au nom de la liberté de leur peuple, dans une opération criminelle désespérée pour changer le cours des choses ; une opération dont ils ne pouvaient pas ne pas savoir qu'ils y laisseraient leur peau.
Seulement voilà, l'opération à échouée de la manière la plus dramatique et la plus lamentable qui soit. D'un côté les russes perdent plus de civils qu'ils n'ont tué d'otages, et se voient condamnés à vivre dans l'attente d'un prochain de ces « fait divers de la mondialisation ». Pour les tchétchènes, si l'issue était forcément fatale, il importait au plus haut point d'attirer un moment l'attention du monde « civilisé » sur le sort que la Russie fait à leur pays.
Mais, loin de se poser des questions sur le sens de tels actes, la machine médiatique s'est voracement jetée sur cette opportunité d'exploiter le filon sentimental du phénomène Terrorisme, très en vogue en ce moment. « Pas question de négocier avec les partisans de telles méthodes ! », dans de telles circonstances. Donc pas de changement mais un durcissement de la position russe. Je vous laisse le soin d'imaginer ce que cela peut signifier pour un militaire des forces spéciales.
Maintenant, pour ce qui est de l'attitude future des combattant tchétchènes, c'est une autre histoire, et c'est sur cette interrogation inquiète que se termine le reportage. Cette opération terroriste fut la plus importante qu'ils aient jamais mené, et ils auront pu constater que, même devant une extrême pression médiatique, le pouvoir politique russe ne changerait pas sa position d'un iota.
Alors quoi ? Que faire quand aucune voie ne s'ouvre à la négociation, ou quand le seul choix qui reste est : Tuer ou être tué ?
Nous ne nous permettrons pas de faire des prédictions sur ce qui adviendra de ce conflit. Mais il y a une hypothèses en particulier, qui parmi toutes les autres apparaît parfaitement envisageable, et qui peut se révéler aussi particulièrement préoccupante pour des citoyens européens, bien au chaud dans les pantoufles de leur dictature molle.
Il me semble toute à fait à craindre, en effet, qu'un de ces quatre matins le peuple tchétchène se réveille avec au fond du coeur la certitude qu'il n'en a plus pour très longtemps à vivre s'il ne change pas ses méthodes d'action. Et ce jour là il se pourrait bien qu'il décide en toute lucidité , de tenter le tout pour le tout et d'essayer de terrasser son Goliath russe à l'endroit ou cela lui fera à coup sur, le plus mal ; Et le talon d'Achille de la Russie, je vous le donne en plein dans le mille, ce sont ses centrales et ses cimetières nucléaires...
... Sisyphe...