« Il n'y aura pas de paix. A tout moment, durant notre vie entière, il y aura de nombreux conflits dans des formes mutantes, tout autour du monde. Le conflit violent fera les gros titres des journaux, mais les luttes culturelles etéconomiques seront plus constantes et en définitive plus décisives. Le rôle de facto des forces armées américaines sera de maintenir le monde comme un lieu sûr pour notre économie et un espace ouvert à notre dynamisme culturel. Pour parvenir à ces fins, nous ferons un bon paquet de massacres (a good amount of killing) »
Commandant Ralph Peters (extrait de "Constant Conflicts", Parameters, 1997)
Voilà un officier américain qui fait preuve d'un certain réalisme et qui a bien compris sa fonction essentielle. Le capitalisme a en effet besoin de l'armée pour s'imposer ou se maintenir, il est indissociable de la guerre, de la même manière que capitalisme et police sont liés, car les riches (pays ou classe sociale) ont besoin de moyens de coercition pour préserver ou continuer à accumuler leurs privilèges.
La guerre est le nerf de l'argent
La guerre elle même peut être un moteur pour l'économie. Ca l'a été en tout
cas pour les Etat Unis lors de la seconde guerre mondiale, la Guerre de Corée,
le Vietnam et dans une moindre mesure pour la première guerre du Golfe (solde
positif de 20 milliards de dollars).
Le retour sur investissement de cette seconde guerre du Golfe, qui est en fait
la continuité de la première, sera probablement considérable :
Sur la rallonge de 80 milliards accordés par le congrès américain pour
l'effort de guerre, 2 milliards seulement sont affectés à la reconstruction, et
serviront probablement juste à amorcer la remise en route de l'exploitation
pétrolière, par la suite, il est prévu de multiplier par trois la production
initiale, l'Irak étant le seul pays au monde ou des gisements détectés ne sont
pas encore exploités.
Or, le coût estimé d'une reconstruction en Irak s'élèverait à 250 milliards de
dollars sur dix ans, soit 25 milliards de dollars par an. Parallèlement, les
recettes tirées du pétrole ne dépasseraient pas les 14 à 16 milliards de
dollars par an durant les premières années de l'après guerre. Comme ces revenus
ne peuvent pas être entièrement allouées à la reconstruction, il y a un
différentiel de financement d'au moins 15 milliards de dollars par an.
On peut
en déduire que :
1 - Dans un premier temps, les Etats Unis vont demander un effacement total de la dette Irakienne (ce qui permettra en même temps de sanctionner la France, historiquement grand fournisseur d'arme et d'industrie nucléaire à l'Irak).
2 - Un nouveau prêt sera probablement avancé par le FMI (contrôlé essentiellement par les USA mais alimenté par d'autres pays pour la moitié de ses fonds) pour financer la différence entre revenus pétroliers et coût de la reconstruction. Ce genre de prêt s'accompagne toujours de conditions visant à instaurer un libéralisme draconien, ce qui implique un budget minimal pour le service public et le social.
3 - Dans les faits, le gouvernement américain subventionne indirectement ses industries pour relancer son économie: D'abord l'industrie de l'armement et ses sous traitants en entamant des guerres, puis les grandes firmes pétrolières américaines qui vont s'approprier l'exploitation des énormes réserves Irakiennes, et enfin, les entreprises qui se partageront les contrats de la reconstruction. On peut noter deux choses : Les subventions directes étant interdites par l'OMC, les USA détournent ainsi leur propres règles du libéralisme, et les principales entreprises bénéficiaires soutiennent financièrement les campagne électorales ou appartiennent à la mafia Bush.
4 - Ce subventionnement ne sera pas entièrement à la charge de l'Etat américain, loin de là, puisqu'il sera financé en partie par les revenus du pétrole alloués au nouvel Etat Irakien, et également par les autres pays cotisants au FMI.
5 - Les USA gagnent sur tous les tableaux, ils ont le beurre et l'argent du beurre. La recette est simple : On détruit un pays pour créer le marché de la reconstruction (qu'on s'attribue sans partage), on se débarrasse dans le même temps des stocks de bombes payées par le contribuable, on s'assure une source importante de pétrole bon marché ainsi qu'un pied à terre stratégique pour la suite des opérations militaires, et on impose le libéralisme tout en s'implantant économiquement de manière incontournable pour les marchés futurs. Tout bénef, les USA ont privatisé l'Irak, l'OPA a été réussie en trois semaines.
Les USA au Moyen Orient :
Un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Petit bilan de la guerre : Désastre humanitaire notamment à cause du manque
d'approvisionnement en eau, infrastructures et services publics partiellement
détruits, les USA ayant préféré protéger les installations pétrolières et le
ministère du pétrole plutôt que les hôpitaux, les écoles ou les musées. Aucune
trace de Saddam, aucune trace des armes de destruction massive qui ont servis
de prétexte à la guerre, avec les hypothétiques liens avec al quaida et la
libération du peuple irakien ... Dans les faits, la famille Bush a plus de liens
démontrés avec la famille Ben Laden que Saddam Hussein, les seules armes de
destruction massive qu'on peut encore trouver en Irak sont celles balancées par
les USA sur les villes Irakiennes (Officiellement 25000 bombes, 1000 missiles
de croisières...) et si les interventions américaines étaient motivées par la
défense des droits de l'homme, ça se saurait, il y aurait alors beaucoup de
dictatures sanguinaires à renverser, souvent installées avec le soutien de la
CIA d'ailleurs.
Pour toutes ces raisons, auxquelles s'ajoutent l'ignorance totale des cultures ethniques et traditions religieuses locales et les bavures des soldats américains, le peuple commence à se révolter contre l'armée d'occupation. Avec 60% de chiites qui se remobilisent, le scénario rencontré en Iran en 1979 risque de se répéter : Une révolution Islamiste est peut être à prévoir en Irak, et les USA vont devoir la canaliser. Ils pourraient s'en accommoder pour la suite, après tout, ils traitent depuis longtemps avec la secte Wahhabite radicale au pouvoir en Arabie Saoudite, même si les relations sont plus difficiles qu'avant le 11 septembre. La religion permettant un contrôle social efficace et empêchant toute émancipation du peuple, la mise en place d'un tel régime en Irak pourrait même faciliter la tâche des américains, surtout s'ils sont à l'origine du choix des dirigeants.
A qui le tour ?
Ne pouvant se représenter devant les électeurs avec à la fois un Ben Laden en
fuite et Saddam Hussein au pouvoir, Bush a choisi de s'offrir une victoire
militaire facile en s'attaquant à l'Irak. Maintenant, l'implantation
géopolitique des forces américaines dans le Golfe et en Afghanistan est telle
que l'Iran pourra être pris en tenaille en cas de décision de poursuivre la
colonisation du Moyen Orient. La Syrie n'aura même pas à être attaquée,
l'intimidation et la pression devraient suffire pour la faire plier. Une fois
les Iraniens « libérés » à leur tour, l'essentiel du moyen orient sera à la
botte des américains.
Le prochain sur la liste est donc sûrement L'Iran, si Bush est réélu en 2004,
ce qui est très probable malgré son bilan économique et social interne
catastrophique : Les événements du 11 septembre, la guerre d' Afghanistan puis
celle d'Irak n'ont laissé aucune place dans les médias américains à l'émergence
d'un rival démocrate, d'autant plus que ce parti a applaudi des deux mains la
politique extérieure de Bush, celui-ci étant trop populaire chez les masses
américaines pour s'y attaquer.
Bref, nous voilà sûrement repartis pour 4 ans d'impérialisme guerrier, dirigés
par les vautours de l'administration Bush.
A première vue, pas de problème pour l'Oncle Sam qui se met dans la poche les pays de l'Opep les uns après les autres, mais les USA jouent très gros en ce moment, leur économie est en pleine dégénérescence et tous les indicateurs socio-économiques, en ce mois de mai 2003, sont dans le rouge à un niveau jamais atteint: Endettement des ménages de 7200 milliards de dollars, dette extérieure de trente milles milliards de dollars, taux de chômage en forte progression (+30% en 3 ans), indice de confiance des consommateurs en chute libre (-45% en 3 ans), bourse moribonde, investissements étrangers aux USA divisés par deux en 13 ans, baisse du dollars de 26% en 1 ans par rapport à l'Euro... Leurs perspectives d'évolution étant nulles en interne (voir texte «Vive la récession»), si les profits engendrés par leur néocolonialisme ne sont pas rapidement à la hauteur, il est peu probable qu'un budget militaire de 400 milliards de dollars par an puisse être soutenu longtemps. L'URSS a perdu la guerre froide en se ruinant dans la course aux armements, entraînant la chute du communisme, l'ironie de l'histoire voudrait-elle que les USA et le capitalisme finissent de la même manière ?
... GrrroG ...Les pochoirs qui illustrent cet article sont l'oeuvre de :
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VOIR AUSSI :
"Pas de guerre entre les peuples - pas de paix entre les classes" de DrLOUARN
"Pétrôle nucléaire" de SISYPHE
"Afffliction" de KiKoRiKo