Le Cotentin est ma région d'origine, c'est aussi l'endroit le plus nucléarisé
au monde. Séparés de quelques kilomètres, on y trouve la centrale nucléaire de
Flamanville, l'arsenal de Cherbourg qui fabrique les sous-marins nucléaires
(pour le Pakistan notamment), une décharge atomique sous-marine anglaise près
de l'ile d'Aurigny, et surtout l'usine de « retraitement des déchets » de
COGEMA La Hague (maintenant appelée AREVA, c'est plus joli), la plus grosse
usine nucléaire au monde, un monstre de 3 km sur 2 défigurant le paysage de «
la petite Irlande ». Autant dire que presque tout le monde travaille
directement ou indirectement pour cette industrie et ferme sa gueule. Le lobby
du nucléaire y a les pleins pouvoirs, il arrose allégrement les élus,
sponsorise les événements sportifs, communique à coup de millions pour
améliorer son image...
C'est ainsi qu'il y a quelques années je me suis retrouvé en stage pour un
sous-traitant de la COGEMA. Pendant ces quelques mois, j'ai pleinement pris
conscience de l'épée de Damoclès que représente cette source d'énergie.
Le discours officiel est « tout est sous contrôle », « on maîtrise une
technologie de pointe », « rien à voir avec les centrales de l'ex-URSS » etc.
Sur le terrain, ce n'est pas la même histoire...
En visitant pour la première fois les sous-sols de l'usine, qui représentent
les deux tiers des locaux, j'ai eu droit à une contamination de la main droite
aux particules alpha rien qu'en ouvrant une porte. Cadeau de bienvenue?
Bizutage local?
Je suis entré 6 ou 7 fois dans l'enceinte de l'usine à pied et avec un sac à
dos, sans aucun contrôle de sécurité, muni des 3 passes nécessaires à l'accès
aux zones les plus sensibles. Tout le monde s'est habitué au danger, la plupart
des ouvriers ne portent même plus leur dosimètre permettant de mesurer la
quantité de radioactivité a laquelle ils sont soumis, les incidents sont étouffés
(un incendie notamment), on ferme les yeux sur des pratiques devenues
courantes, comme ramener chez soi des outils ou vêtements exposés aux
radiations... On ferme les yeux sur les cancers, trop nombreux...
Je travaillais dans le même bureau qu'un "responsable" qui était souvent parti,
j'en profitais donc pour photocopier bon nombre de documents, plus ou moins
confidentiels, parmi lesquels un tableau donnant les relevés de la
radioactivité dans la région depuis quelques dizaines d'années. On y voyait
notamment un pic pour l'année 86, témoin du passage du nuage radioactif de
Tchernobyl dans la Manche. Mais le pic le plus important, si important que
l'échelle de radioactivité était coupée, correspondait à l'année 1966. Il
s'agissait en fait d'une diffusion volontaire de particules radioactives dans
l'atmosphère ordonnée par le Commissariat à l'Energie Atomique. Celui ci
n'hésitant pas à bombarder les habitants avec ces particules, juste pour
mesurer le taux de dispersion par les vents et courants marins du Cap de la
Hague. 
En 1966 commençait la construction de l'usine de la Hague, on a alors affirmé à la population locale qu'il s'agissait d'une fabrique de casseroles... Dans cette belle région, on a un maintenant un taux de leucémie trois fois supérieur à la normale et les crabes pêchés à proximité des canalisations de rejet sont de véritables déchets radioactifs. L'usine rejette plus de radioéléments polluants que les quelques 440 centrales nucléaires en service sur la planète et on retrouve ces rejets sur l'ensemble des mers du nord de l'Europe. 5 kg de plutonium suffisent à fabriquer une bombe atomique, chaque année AREVA en produit environ 10 tonnes, dont l'activité radiologique dure des millions d'années. Greenpeace a mesuré les niveaux de contamination par le gaz radioactif Krypton-85 autour du site de la Hague : Ils s'élèvent à 90 000 Bq/m3 alors que le niveau moyen du reste du monde est de 1 à 2 Bq/m3
Alors qu'il est fortement question de reprendre pour 60 ans d'une politique énergétique quasi tout- nucléaire, avec la prolongation des centrales actuelles et les nouveaux réacteurs EPR, AREVA risque de faire cauchemarder encore longtemps ma région sacrifiée et les alentours : S'il y a un gros pépin à La Hague, c'est 100 fois Tchernobyl...
« La Manche, vous n'en reviendrez pas !»
- Un message de l'Office du Tourisme de Beaumont-Hague
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Un des principaux dangers du nucléaire, assez peu évoqué, concerne le transport
des déchets et combustibles. Dans le Nord Cotentin, c'est via le port de
Cherbourg (parfois depuis le Japon...), par voie ferroviaire jusqu'au terminal de
Valognes, ou par camions que sont acheminés les déchets en provenance de
nombreux pays (dont les USA dorénavant puisque l'administration Bush a décidé
d'exporter vers la France 140 kilos de plutonium pur de qualité militaire.).
Les risques encourus par les populations et l'environnement sont négligés :
Sur
l'axe La Hague - Marcoule/Cadarache circulent chaque semaine de 300 à 450 kilos
de plutonium pur. Or, les normes de sécurité de ces convois ne les mettent pas à l'abri d'accidents importants ou même de détournements. Le mercredi 19
février 2003, Greenpeace interceptait et bloquait symboliquement, avec une
facilité déconcertante, un camion de la société Cogema Logistics, en plein
centre ville de Chalon-sur-Saône. Ce camion transportait environ 150 kilos de
poudre de plutonium (de quoi fabriquer une vingtaine de bombes de la puissance
d'Hiroshima, sans compter sur l'utilisation directe de la poudre comme "bombe
sale"). Le réseau Sortir du nucléaire a publié récemment sur son site le trajet
d'un convoi nucléaire de l'Allemagne vers la Hague. Depuis le 9 août 2003, cet
acte est puni de cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende puisqu'un arrêté
du ministère de l'Économie stipule que le transport des matières nucléaires
relève du "secret défense".
Cette interdiction n'empêche apparemment pas ceux
qui cherchent bien de se procurer les informations nécessaires sur les trajets,
elle vise essentiellement à criminaliser les blocages de convois par les
opposants et à intensifier l'opacité dans le domaine de l'information de la
population.
...GRRROG...
PLUS D'INFOS ?
http://www.stop-plutonium.org