C'est l'histoire d'un type, un mec que je connais. Appelons le monsieur Dupont pour simplifier et pour pas lui attirer trop d'emmerdes. Il y a deux mois de
cela, monsieur Dupont était tranquillement en train de passer sa soirée dans un
rad de Cherbourg, quand il lui est arrivé une croustillante anecdote de la
modernité. Une anecdote que je ne résiste pas à vous raconter ; d'abord parce
que j'ai l'absolue certitude qu'elle est authentique, ensuite parce qu'elle
illustre au mieux toutes les raisons que nous avons, ici au Street Trash, de
mépriser et de haïr les flics pourris (pléonasme ou simple redondance?) et les
journaleux qui leur sucent des queues pour se faire bien voir.
C'est parti! Vvous allez voir, ça commence un peu chiant au début mais ça
devient vite agréable à lire ; si si, faites moi confiance !
Donc notre monsieur Dupont finissait tranquillement sa soirée (vers 5 heure du
mat') dans un rad de Cherbourg dont nous tairons le nom (pour ne pas le sortir
du légitime anonymat où le maintient sa propre médiocrité), quand , tout à
coup... un verre se brise ! Rien de bien extraordinaire dans un bar me direz vous
; sauf que dans ce bar là, le patron est un trouillard qui flippe sa mère et
s'imagine des choses graves chaque fois que quelque chose se passe ; il arrive
donc en trombe dans l'arrière salle où se tiennent les derniers clients de la
nuit, et exige instamment de connaître le responsable ! Bien évidement,
personne ne se dénonce. Alors le patron choisi lui même son coupable : « Toi !, éructe t-il à l'attention du premier petit jeunot dans sa ligne de mire, toi !
Dehors ! » Le petit jeune en question a à peine le temps de protester que ce
n'est pas lui et qu'il n'a rien fait, que trois grosses brutes venues d'un
autre coin du bar le saisissent au cou et l'entraînent sans plus de
délicatesse hors du bar et de la vue des clients restant. Bon... rien de très
intéressant jusqu'à présent.
Mais voilà-t-y pas que, à peine trois minutes plus tard, se décroche un
cadre-miroir de l'arrière salle qui vient choir sur une table du bar,
pulvérisant au passage une dizaine de verres puis se brisant lui même en mille
morceaux... Voyant cela, l'assistance éclate littéralement de rire, en pensant à
la tête que va faire le patron-paranoïaque ; Ce qui ne loupe pas : celui-ci
explose de colère, décide qu'il en a assez vu pour la soirée et vire tout le
monde dehors, illico presto.
Et devinez qui est la première personne à sortir? Notre Mr Dupont! Et c'est
là que l'histoire devient intéressante. Car que voit-il notre Mr Dupont ? Hé
bien il voit que le petit jeune homme qui s'est fait sortir tout à l'heure pour
un verre qu'il n'avait pas cassé, ce petit jeune homme est en train de se faire
tabasser par les trois brutes qui l'avait éjecté du bar : deux le tiennent par
les bras, tandis que le troisième lui assène des coups de poing dans le bide et
des coups de tête dans la tronche en lui intimant l'ordre de fermer sa gueule
et « d' arrêter de la ramener... »
Je ne sais pas ce que vous auriez fait, vous, mais notre monsieur Dupont, lui,
est un peu sanguin. Il n'aime pas les injustices, et encore moins les lâches.
Autre petit détail, juste en passant, Monsieur Dupont est, à ses heures perdues, agent de sécurité dans les boites de nuit, il mesure 1,98m et pèse dans les
cent kilos.
Ni une ni deux, il rentre dans le tas. Et le tas ne fait pas long feu : une
mandale à droite, une baffe à gauche, une torgnole en face (surtout pas de coup
de poing : les dégâts seraient trop importants !) et les trois enflures se
retrouvent à terre avant de comprendre comment ou pourquoi la situation s'est
retournée aussi soudainement.
Néanmoins, en bon lâches, persuadés qu'ils sont plus forts parce qu'ils sont
plus nombreux, et en bon machos incapables de s'avouer vaincus, ils reviennent à
la charge...
Pif-Paf-Pouf, rebelote et tapis.
Mr Dupont commence à s'amuser. Il s'en va donc pour redistribuer une petite
ration supplémentaire au chef des chacals quand ce dernier fait subitement
front, brandissant en tremblotant un petit objet rectangulaire qu'il tient
devant lui comme une amulette magique destinée à le protéger, et de glapir :« Arrêtes ! arrêtes ! T'as vu c'qu'on est ? Hein !? T'as vu c'qu'on est ?! »
Et effectivement, les trois agresseurs ne sont pas n'importe qui : le petit
objet rectangulaire est une carte administrative sur laquelle on peut lire «
Police », et plus loin « Compagnie Républicaine de Sécurité ».
Erreur fatale.
Mais par pour qui vous croyez. Ici encore, je ne sais pas
comment vous auriez réagi en pareil situation, mais moi j'aurai été du genre à
me dire que je m'étais mis dans une sacré merde et qu'il vaudrait sans doute
mieux s'en tenir là. Eh bien ça aurait été un bien mauvais calcul : parce que
pour pouvoir porter plainte le CRS en question aurait dû expliquer les causes
initiales de « l'altercation » et que c'était lui qui était en faute depuis le
début.
Je ne sais pas si dans le feu de l'action Mr Dupont a eu le temps de penser à
tout ça. Personnellement, je le soupçonne d'avoir plutôt laissé parlé son coeur
; ainsi lui a-t-il répondu :
« Mais t'inquiètes pas, bien sûr qu'on y ira au tribunal ! » avant de
reprendre ; avec un entrain et une allégresse renouvelés, la valse des baffes
(la plus belle qu'on ait vu depuis longtemps de mémoire de cherbourgeois).
Quand vraiment les bougres eurent tout leur content d'humiliation publique, Mr
Dupont s'en rentra se coucher.
C'est avec regret que je vous passe les anecdotes croustillantes du combat qui
fut bref et à sens unique. Non que ça ne pourrait pas vous faire rire, mais ce
ne serait pas très instructif, alors que la suite de l'histoire, elle, l'est
beaucoup plus...
Le lendemain matin, une demi douzaine de CRS débarquent en gants blancs et armés de tonfas (matraques modernes) chez la mère de Mr Dupont, qui est hémiplégique.
Dans le plus pur style gestapo, ils essayent de lui faire peur, mettent son
appartement sans dessus-dessous (jusqu'à renverser le pot de chambre d'une
femme clouée dans un fauteuil roulant !) et la bousculent physiquement afin de
savoir où trouver son fils. Mais elle ne sait tout bonnement pas où il est.
Pour être sûr qu'elle ne le couvre pas, ils reviennent à sept, l'après midi du
même jour; là encore ils sont bien équipés pour le passage à tabac, mais là,
ce sont sept inspecteurs... qui repartent à nouveau bredouille.
Le surlendemain, Mr Dupont, mis en alerte par sa mère et quelque peu inquété
par les articles de la presse locale qui le présente clairement comme un
dangereux agresseur, décide, sur les conseils d'un ami de se rendre directement
au commissariat de Cherbourg pour expliquer sa version des faits aux supérieurs
hiérarchiques des ripoux.
Le rendez-vous fut facile à obtenir, mais Mr Dupont eut beaucoup plus de mal à
faire entendre sa version de l'histoire au commissaire de Cherbourg. En effet,
celui ci ne voulait savoir qu'une seule chose « Est-ce bien vous qui avez fait
cela à cet individu ? » (et de présenter une photo du chef des chacals avec une
tronche encore plus défoncée que celle d'éléphant man après quinze round contre
Myke Tyson).
Mr Dupont, bien conscient qu'il lui suffisait de dire « Oui, c'est moi » pour
se faire embarquer et passer 48h de pur bonheur physique en compagnie de
républicains sécurisants, a su imposer son rythme : « D'abord je donne ma
version, ensuite je vous répond ».
Ce qu'il a fait. Et là, franchement, que croyez-vous qu'ai pu être la
réaction du commissaire une fois qu'il a eu entendu le fin mot de l'histoire ?
Monsieur le commissaire a simplement répondu : « Si c'est votre version qui se vérifie, cela ira aux oubliettes. Maintenant
sortez! »
Sympa la république, non ?
Bon, voilà pour les petits protégés de Sarkozy. Mais on voulait aussi vous montrer quelque chose qui est directement lié à cette histoire : un flagrant délit de propagande insécuritaire, doublé d'une double faute d'incompétence et de mensonge journalistique aiguë : je veux parler de l'interprétation de l'anecdote que je viens de vous conter par le torchon local du département :
« La presse de la manche » :
Samedi 21 décembre 2002
Bagarre dans un bar : un CRS blessé en s'interposant (page 2)
"Faits divers : Un CRS blessé, un homme activement recherché."
"Les policiers de Cherbourg recherchent activement un homme qui a assez
sérieusement blessé un CRS en poste actuellement à Cherbourg.
Jeudi matin, vers 6 heures, deux hommes passablement ivres se trouvaient dans
un bar de Cherbourg. Le ton est monté, des verres sont tombés. Le patron de
l'établissement a demandé à un groupe de clients d'intervenir. Il sait que ce
sont des CRS en civil. Ils prennent un café avant d'aller travailler. Ces CRS
sortent les deux hommes ivres dans la rue lorsqu'un troisième leur tombe dessus
et distribue les coups de tête.
L'un des CRS reçoit un coup en plein visage. Il a un oeil sérieusement touché.
Une interruption temporaire de travail de 10 jours lui a été délivrée. Son
agresseur a réussi à prendre la fuite."
On croit rêver, non ?
Sans déconner, c'est déjà pas marrant de devoir vivre avec des cons comme ceux que monsieur Dupont à corrigé l'autre jour, mais si en plus les journalistes leur cirent les pompes, leur donnent l'absolution et participent au sentiment collectif de hausse de la criminalité, le tout sans avoir pris soin de vérifier un quart du dixième de leurs informations, on est pas sorti de l'auberge !
...Sysiphe...