J'ai beau ne pas aimer les stéréotypes, je dois quand même reconnaître que certains d'entre eux se vérifient : les Etats-uniens sont gros, ignorants du reste du monde (« C'est qui le président de l'Afrique, déjà? »), et bigots. Quand ils disent "In God we trust", ou encore "God Bless America", ils sont très sérieux. Du moins, c'est le cas au sud des Etats-Unis ; en Louisiane, quand un professeur se présente à ses élèves par exemple, il donne son nom et celui de l'église à laquelle il appartient. Au Texas, demandez à une nana qui porte une croix en pendentif ce qu'elle pense des athées, elle pourrait vous répondre que « ceux qui ne croient en rien sont dangereux et capables de tout ».
Grosse méfiance envers les non-croyants, donc. Qui ne craint pas Dieu ne craint pas l'ordre établi par ce dernier. Dans un pays aussi immense et qui compte près de 300 millions d'habitants, on ne peut pas poster un flic à chaque coin de rue (on voit moins de flics ici qu'en France), alors on joue encore sur le « Fais pas ça ou tu iras brûler en Enfer! » ; personnellement, je n'ai pas osé mettre les pieds dans leurs églises (je n'en ai pas l'intention non plus, Dieu m'en garde!), mais on m'a rapportée que la plupart des sermons portent sur l'Enfer qui attend les pécheurs, souffrances, horreurs et tout l'tutti quanti...
Attention cependant, on parle du Dieu qui aime et bénit les E.U. en particulier ; quand JFK a été élu, beaucoup de gens se sont inquiétés de savoir s'il porterait allégeance d'abord aux E.U. en tant que citoyen de ce pays, ou bien avant tout au Pape en tant que catholique. Même là, il y avait incompatibilité possible.

Pour avoir une meilleure (pire?) idée de l'importance de Dieu dans la société texane (et je pense qu'on peut extrapoler un p'tit coup pour quelques autres états), voici l'exemple de Ken Hatfield, entraîneur de l'équipe de football de Rice University, à Houston-TX. Il est la seconde personne la mieux payée (donc la plus influente et ecoutée) de cette université renommée.
Dans le « Chronicle of Higher Education » (journal universitaire national) du 1er Novembre 2002, voici ce qu'a repondu Hatfield quand le journaliste a abordé le sujet de l'homosexualité chez les athlètes de Rice :
« L'homosexualité entre en conflit avec mes croyances religieuses. Je crois en la Bible. Dieu désire que ses enfants vivent purement et sainement. La Bible est claire quant au péché sexuel, incluant le sexe hors mariage et l'homosexualité. Ni l'homosexualité ni les relations hors mariage ne sont acceptables aux yeux de Dieu. »

En 36 ans à la tête de l'equipe de football, aucun de ses joueurs n'a révélé ouvertement son homosexualité. Si ça avait été le cas, Hatfield lui aurait demandé :
« Que s'est-il passé? Qu'est-ce qui a changé depuis qu'on t'a recruté? Qu'est-ce qui t'as pris? »
D'après Hatfield, les gens choisissent d'être gay ou hetero, de la même facon qu'ils choisissent « de boire ou d'aller à l'eglise ». « Je n'ai jamais entendu un scientifique dire qu'il y avait un gène homosexuel ». Et s'il dit qu'il ne virerait pas automatiquement un joueur de l'équipe à cause de son orientation sexuelle, il envisagerait de le faire.
Et toute la communauté universitaire de débattre sur ce qu'il faut faire à propos du coach Hatfield : le virer, car ce n'est décidement pas très politiquement correct de dire ça ! Ou alors le garder, car les E.U., c'est bien connu, sont le pays des libertés, dont celle d'exprimer ses opinions personnelles.

Voilà un échantillon de réponses d'étudiants interrogés sur la question :
« Du moment qu'il n'y a pas de discrimation apparente, il n'y a pas de raison pour le sanctionner. »
« Il ne devrait pas être sanctionné car il appuie son opinion sur la Bible, qui est une vérité (...) et une action disciplinaire contre la Bible est une action disciplinaire contre la communauté religieuse dans son ensemble. »
« On ne devrait certainement pas le punir parce qu'il choisit quel genre de joueurs il veut pour son équipe, et on l'a embauché pour faire ce boulot. »
« Dans l'intérêt de tous, je pense qu'il devrait prendre des cours pour mieux connaître les homosexuels. »

Ils sont cons, hein!! On pourrait se dire « ouais, mais bon, ce sont des universitaires américains, la classe bourgeoise par excellence... » Eh bien, ce n'est pas la peine de faire partie de cette catégorie de gens pour avoir la certitude de l'existence de Dieu, pour preuve une définition du punk trouvée dans un fanzine qui s'appelle « Placenta- punk rock / vegan parenting zine », écrit par une punk de Austin-TX. Elle écrit :
« Le punk est une critique de l'ordre du monde créé par Dieu. Certains groupes punks promouvoient (ou promeuvent ?? J'ai oublié!!) l'anarchie. La pensée de l'anarchie en tant que système politique est qu'elle plongerait le monde dans un chaos dirigé par Satan. Il y a aussi un côté politique du punk qui peut être soit de droite soit de gauche. La musique se caractérise par des voix percantes et hurlantes, et de mauvais sons de guitare. La musique est en partie jouée ainsi pour cacher le manque de prouesses musicales, mais également pour évoquer le chaos recherché et désiré. La violence, le racisme et les drogues sont monnaie courante dans le milieu du punk. Les punks aiment se mettre les cheveux en ce qu'on appelle « crête de coq ». La crête symbolise un couteau aiguisé pointé vers le ciel pour blesser Dieu. Beaucoup de punks portent des vestes en cuir couvertes de clous et de propagande sataniste. Les plus jeunes portent aussi souvent un tee-shirt avec une croix chrétienne barrée et les mots « Bad Religion ». Ce qu'on appelle le « symbole de paix », ou croix de Néro plus justement, est une croix dont les branches ont été renversées pour symboliser la mort de la chrétienté. Ce symbole, accompagné d'un A (pour l'Antéchrist et Anarchie) est souvent representé sur les pochettes de disques et les tee-shirts, comme Offspring et Exploited. »

Voilà, c'était un petit apercu du pays de W., ou plus qu'ailleurs, « traiter son prochain de con n'est pas une insulte, mais un diagnostic » (Frederic Dard).

...Cabina...

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