Alors que les médias du monde entier n'en étaient plus qu'à se demander quand donc W. se déciderait à entrer en guerre pour foutre une pâtée bien méritée à son ancien copain Saddam, le peuple irakien se demandait, lui, quand donc ce foutu conflit se terminerait, depuis 10 ans déjà maintenant qu'il se prenait régulièrement (hebdomadairement) des missiles « enrichis » sur ses écoles, ses hôpitaux, ses crèches et dans sa gueule.

Résignés à tomber de Charybde en Scylla, ou plutôt de Saddam en Bush, ils n'étaient pas nombreux à se faire des illusions et à espérer pouvoir croire raisonnablement en un avenir démocratique, mais enfin, pour la majorité, le calcul était simple et arithmétique : un seul dictateur vaut mieux que deux, d'où qu'il vienne et quoiqu'il veuille.
En effet depuis dix ans déjà, les Irakiens étaient écartelés entre un moustachu paranoïde et une dynastie de psychopathes incultes, pas plus démocratiquement élus l'un que l'autre et tous deux très prompts à faire usage de la peine capitale pour régler leur problèmes, qu'ils avaient nombreux. Ainsi tiraillés entre les sanglantes colères de papa Saddam et les bavures collatérales de l'oncle Sam, ils avaient fini par penser qu'ils n'étaient pas loin de toucher le fond, et, partant, avaient acquis l'intime conviction que, quelle que soit l'évolution du conflit, cela ne pourrait qu'améliorer la situation des survivants... quel que soit le vainqueur. Pas plus que les médias occidentaux, ils n'avaient songé un seul instant qu'il pût n'y avoir aucun vainqueur, et que des perdants.

De l'épisode inaugural de la Guerre du Golfe, on avait pu retenir le fait suivant : Saddam Hussein était assez mauvais perdant, il n'appréciait pas de devoir céder tout ce beau pétrole koweïtien à ses anciens souteneurs américains devenus fâcheux. Perdu pour perdu, il avait tenté d'en brûler un maximum, comme ça, juste pour emmerder le monde et les USA (ce qui avait pas mal marché à vrai dire, puisque les incendies de puits de pétrole au Koweït constituèrent, historiquement, la plus importante catastrophe écologique atmosphérique d'origine humaine, loin devant Tchernobyl en terme d'impact sur l'environnement).
On savait aussi que Hussein était plutôt un lâche qu'un homme soucieux de défendre son honneur et sa mémoire au prix de sa vie, ce pourquoi, plus récemment, il avait tenté de se négocier un asile politique chez ses copains des pays du club de « l'axe du mal », espérant ainsi sortir par la porte de derrière quand les nouveaux propriétaires autoproclamés rentreraient armés jusqu'aux dent dans la maison Irak. Mais cela aussi avait échoué. Car si ce qui intéressait en particulièrement l'Oncle Sam était le pétrole, il y avait quelque chose qui tenait plus particulièrement à cœur à l'oncle W. Bush Jr : pouvoir se farcir l'homme que son papa n'avait pas réussi se faire. Aussi avait-il mis le paquet pour que Saddam ne puisse en aucun cas échapper au jugement de l'Amérique ; vraisemblablement la peine de mort. Et dans l'ensemble, ce plan avait plutôt bien marché : l'Irak s'était retrouvé totalement coupé du reste du monde.
L'offensive militaire US, « la vraie », fut lancée en avril. Sans fioriture. Et ce fut, de mémoire de GI, « le plus beau putain d'feu d'artifice » qu'on aie jamais vu dans le désert. Et dans les villes. Du missile sol-sol à l'ogive sol-air à l'uranium « appauvri », de la bombe à effet de sol (daisy-cutter) au mini furtif nucléaire-qui-pète-un-maximum, du canon laser thermique aux fusilsà ultrasons incapacitants, jamais les ingénieurs du Pentagone n'auraient imaginé pouvoir un jour bénéficier d'un si vaste champ d'expérimentation pour tester leur dernières création morbides.
Militairement parlant, l'affaire fut donc vite réglée. L'armée de réserve irakienne, humiliée et terrassée par la technologie et la puissance de feu américaine, jeta l'éponge en une semaine. Suivie la journée suivante de la garde républicaine affectée à la défense des villes.
Le 11 avril au matin, ne restaient plus pour défier les américains que quelques centaines d'hommes des services spéciaux, la garde personnelle de Saddam Hussein. 300 hommes en tout, retranchés dans le dernier des palais de Saddam encore intact, tous déterminés à en finir l'arme à la main plutôt qu'à aller pourrir le restant de leurs jours dans une cellule de Guantanamo en compagnie d'hallucinés al-quaïdesques.
À ce moment précis, 8h00 heure irakienne, les médias décidèrent que tout était joué, que l'heure avait sonné et que l'on pouvait proclamer au monde entier que la guerre était finie et gagnée, l'axe du mal terrassé par la toute puissance américaine (avec l'aide de Dieu quand même) et que Saddam Hussein paierait enfin de sa vie pour tous les crimes infâmes commis sous son règne. Ouf ! Le monde était sauvé !
Au même moment, le vieux dictateur irakien compris que l'heure était venue : il ne lui restait guère qu'à choisir la manière dont il allait partir : humilié et vaincu, sous les huées, les crachats et les pierres, ou bien rapidement, sans douleur, plutôt de bonne humeur, et pour tout dire franchement content de savoir que W. Bush ne serait pas réélu l'année suivante... Il considéra un instant la mallette qu'il avait menotté à son poignet. Lentement, il mit sur ses genoux son petit attaché-case présidentiel, sortit la clé de sa poche, ouvrit la mallette. Il composa sans se presser les sept chiffres du code secret qui activait le programme de mise à feu. Le gros bouton rouge au centre du tableau de commande s'illumina. Alors, levant les yeux vers le colossal portrait de lui-même faisant office de décoration aux murs de son blockhaus présidentiel, indifférent aux sommations vociférantes des chefs militaires US qui lui parvenait au travers de la porte blindée, il prit une grande inspiration, et mis le dernier de ses plans à exécution. Il pressa le gros bouton rouge.

Il ne restait alors en tout et pour tout à l'Irak que deux bonnes têtes nucléaires opérationnelles ; celles-là mêmes que les faucons de Washington avaient en vain cherché pendant près de deux ans pour trouver un prétexte, si vaseux fut-il, à l'entrée en guerre. Mais ils n'avaient pas cherché au bons endroits.
La première bombe explosa sous le palais présidentiel. Elle fit disparaître Saddam, mais volatilisa aussi du même coup le palais, la garde présidentielle, les quelques milliers de GI présent pour l'offensive finale, et, bien sur, les habitants de Bagdad.
La seconde bombe nucléaire, plus puissante, avait été fort stratégiquement enterrée au plus près de la zone de jonction des deux plus importantes nappes pétrolifères du Moyen-Orient. Son explosion, trop peu profonde, avait mis un jour un puit à ciel ouvert de 500 mètres de diamètre, par lequel un bon quart des réserves mondiales de pétroles se consumèrent en moins de deux semaines.

En sept jours seulement, la fumée générée par cette incendie biblique envahit l'atmosphère au point d'amoindrir la quantité de rayons solaires parvenant jusqu'au sol. La température moyenne mondiale chuta de 4°C en autant de temps. Les plantes furent les premières touchées ; puis suivirent tous les organismes dont ces plantes constituaient les aliments ou les biotopes. La chaîne alimentaire ayant été rompue à sa base, la formidable architecture biologique de l'écosystème s'écroula subitement et sans remède, et il ne resta bientôt plus pour repeupler la terre que les spécimens les plus aboutis et les mieux préparés de l'évolution : les scorpions et les cafards.

... Sisyphe ...

VOIR AUSSI :
"Capitalisme et guerre - A good amound of killing" de GRRROG
"Pas de guerre entre les peuples - pas de paix entre les classes" de DrLOUARN
"Afffliction" de KiKoRiKo

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