C'est avec une certaine jubilation que j'ai suivi la chute du CAC 40, perdant plus de 27% au cours des 12 derniers mois. Conséquence : plus de 305 milliards d'euros volatilisés sur les marchés. À qui va manquer cet argent? Aux petits porteurs, qui ont bêtement risqué une partie de leurs économies dans ce vaste casino, et aux gros actionnaires qu'on ne va sûrement pas plaindre.
Il y aura, et il y a déjà, des conséquences sur l'emploi, la France vient d'entrer officiellement dans une phase de récession, en témoignent les récentes vagues de licenciement, amplifiées par le fait que certaines entreprises profitent de ce contexte pour dégraisser leurs effectifs.
Aux USA, des dizaines de milliers de retraités ont perdu leurs revenus et leur épargne, le système privé des retraites étant basé sur des fonds de pension et autre organismes d'investissements financiers. (Preuve en est que seul un système solidaire de répartition est fiable dans ce domaine.)

Les fusions entre multinationales pour les économies d'échelle, les acquisitions et endettement risqués sont les stratégies couramment utilisée dans cette course à la première place, à l'extermination ou à l'absorption de la concurrence, bref au monopole.
C'est ainsi qu'une entreprise potentiellement rentable et incontournable comme France Telecom devient l'entreprise la plus endettée du monde avec 60 milliards d'euros de dette suite à des investissements risqués (soit 1000 euros par Français, ou plutôt 2000 euros par contribuables pour rembourser - en comparaison le Crédit Lyonnais avait coûté 1000 francs par Français).

La masse financière est beaucoup plus importante que son équivalent réel, économique. Ainsi, par le phénomène de spéculation, la valeur d'une action peut augmenter de 600% alors que la croissance réelle de l'entreprise correspondante n'est que de 20% : on mise sur sa progression future, c'est comme au tiercé en gros, sauf que dans ce cas, on joue avec l'avenir des travailleurs.
Ce décalage entre finance et économie implique une gestion orientée vers les intérêts uniques des actionnaires, avec les dérives que l'on connaît (délocalisation vers des pays à faible coût de main d'œuvre et sans acquis sociaux, travail des enfants, licenciements boursiers, réduction des coûts au mépris de l'environnement ou de la sécurité ...).

Travailleurs, consommateurs, contribuables, retraités, bref, le peuple, fait toujours les frais des conséquences de la gestion capitaliste. Il fait office de tampon pour amortir les pertes occasionnées par cette entreprise de démolition sociale (sans compter l'investissement des associations et des bénévoles qui tentent de réparer une partie des dégâts humains à leur frais.)
Le peuple finance sa propre perte.

Alors qu'en est-il de ce crack prolongé, qui a commencé au début de l'année 2000, l'abcès de la finance commence-t-il à crever, laissant s'échapper le pus de l'argent virtuel... vers un retour à une économie réelle ?

On a successivement trouvé les causes de la récession économique américaine dans les attentats du 11 septembre, dans les scandales des comptes truqués puis dans l'incertitude liée à la crise irakienne, mais il est possible que les limites de la consommation soient tout simplement atteintes.
La croissance que font miroiter les gouvernements est elle même un leurre. Voici une citation d'Albert Jacquard qui l'explique bien :
« Alors le projet qu'on nous propose (on c'est nos gouvernants) c'est de nous enrichir, c'est d'épuiser la planète, c'est idiot, c'est évidemment idiot, même physiquement impossible. Un gouvernement fort intelligent, récemment, a dit : Pour résoudre le chômage, il faudrait 4% de croissance. Il a oublié de faire une opération de prendre 1,04 à la puissance 30 [pour 30 ans], ça fait presque 4. Alors pour résoudre le chômage il va falloir que nous ayons tous quatre voitures au lieu d'une, quatre machines à laver, qu'on consomme quatre fois plus d'électricité, quatre fois plus de pétrole, c'est physiquement impossible parce qu'il n'y aura plus de pétrole, nous sommes sur une terre finie, vide. Ce qui est proposé est profondément stupide. Cela veut dire quoi la croissance ? Croissance de la consommation ? Bien sûr, pour ceux qui ont moins que ce qu'il leur faudrait, oui, mais pour ceux qui ont trop déjà, surtout pas. »
Le capitalisme, basé sur cette croissance de la consommation, s'effondrera donc tôt ou tard, mais même économiquement non viable, il peut être maintenu politiquement et idéologiquement afin de continuer à faire payer au peuple les pertes des intérêts privés, si une révolution sociale (et libertaire, j'ose espérer...) n'accompagne pas cette chute.
D'ici là, le système s'efforcera de créer de nouveau produits débiles et inutiles, orientés vers la consommation de luxe, car la minorité de riches détient de plus en plus la quasi totalité des richesses. Les besoins des pauvres seront toujours de moins en moins pris en compte et satisfaits. Une des erreurs est d'avoir orienté la consommation selon la (sur)production, au lieu d'organiser la production en fonction des besoins réels, en commençant par les besoins de base.
Ces produits et services de plus en plus superflus devront être vendus à tout prix par une armée de commerciaux assoiffés de commissions, et à grand renfort de matraquages publicitaires, qui arrivent également à saturation (chaque habitant des USA reçoit en moyenne 3500 messages publicitaires par jour, tous supports confondus, et l'Europe rattrape à grands pas ce taux d'intoxication).

Le plus drôle, c'est qu'avec les délocalisations des usines de production (auxquelles s'ajoutent celles des compétences, comme l'informatique...), lorsque l'économie s'effondrera pour de bon dans les pays occidentaux (entraînant avec eux les autres pays, du fait de la mondialisation), ils se retrouveront avec un tissu industriel appauvri en moyen de production, mais très riche en bureaux de marketing. Bref, concrètement, du vent.

L'abolition de la Bourse, de la société de consommation et de ce rouleau compresseur qu'on appelle le capitalisme est tout simplement vitale pour la planète et ses habitants dans un avenir proche, qu'on se le dise, et qu'on s'y prépare, ça pourrait arriver plus tôt qu'on ne le croit.

...GrrroG...

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